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Namo Guru !
Dans l'espace infini, tout est impermanent -1- Et le parfait esprit, semblable au firmament, Peut toujours se mouvoir, sans un mot, sans un geste, A travers les reflets de son miroir céleste...
Triple Gemme, ô Bouddha, ô Dharma, ô Sangha, -2- Profond Nagarjuna et puis vaste Asanga, O Dalaï Lama, qu'en tout je laisse juge, Soyez à cet instant pour toujours mon refuge.
Bien que je ne sois qu'un tartuffe, un faux dévot, -3- Si j'ai quelque mérite à écrire un seul mot Concernant le Dharma authentique et sublime, Qu'il soit donc cause pour tous du bonheur ultime !
O Votre Sainteté, ô Précieux Protecteur -4- Qui nous délivrez de la peine et de la peur En faisant de l'Amour la plus vraie des escortes, A vos pieds de lotus je dévoue mes trois portes.
En effet, par le corps, la parole et l'esprit, -5- Et du fond de mon coeur qui de respect s'emplit, C'est à Vous, Parfait Maître Océan-de Sagesse, Que ma reconnaissance si humble s'adresse.
Grâce à Vous, ô Joyau qui comblez les souhaits,° -6- J'ai la chance de pouvoir trouver des attraits Au Dharma enseigné par l'Honoré-du-monde, Jusqu'alors préservé chez Vous, au Toit du Monde.
O Kündün,°° ô Présence,°° ô Vainqueur Tchènrézi* -7- Sous les traits d'un moine, chef d'Etat accompli, C'est vous que je vois en les Lamas des lignées A qui mes prières sont aussi adressées.
Pardonnez, s'il vous plaît, Noble Yishin Norbu,° -8- Mon audace à vouloir, comme Palgué Tülku,** Ecrire non mes mots, mais plutôt ceux du Maître, Au risque de pâle imitateur apparaître.
Or, bien qu'étant en outre un médiocre étudiant -9- A l'esprit aussi plein que la main d'un mendiant, C'est pour dompter l'esprit que je manie la plume, Et s'il est quelque erreur, en tous points je l'assume.
* Avalokiteshvara, Bouddha de Compassion Infinie. ** Référence au Chemin de la Grande Perfection de Dza Patrul Rimpoché (éd. Padmakara).

Mandala de Shri Amitayus
Dans l'espace infini, tout est impermanent -10- Et le parfait esprit, semblable au firmament, Peut toujours se mouvoir, sans un mot, sans un geste, A travers les reflets de son miroir céleste...
Parmi les Victorieux emplis de compassion, -11- Hommage à L'Eveillé Pourfendeur-d'illusion, Hommage à Manjushri, le Glorieux Juvénile, Pour que ces quelques vers soient besogne facile !
Si déjà au Tibet, Atisha,* vrai soleil, -12- A légué La Lampe de la voie vers l'Eveil, Alors pourquoi chercher à passer la journée En voulant le "plagier" sous la forme imposée ?
Si déjà Djampel Yang** s'est souvent incarné -13- Sous les traits, par exemple, de Djé Rimpoché*** Laissant plusieurs autres Lam Rim en héritage, Alors pourquoi noircir à mon tour cette page ?
J'écris Ekayana ¤ pour plus d'une raison: -14- N'ayant pas du Dharma la réalisation, Quant à l'Enseignement, dois-je au moins me permettre, A défaut de l'esprit, en préserver la lettre.¤¤
Car si l'on ne sait pas la Doctrine en péril, -15- Il n'est que d'observer le Tibet en exil Fuyant, quand il le peut, crimes, viols et torture Qui sont monnaie courante où l'invasion perdure !
Il suffit d'un coup d'oeil pour bien s'apercevoir -16- Que ce Kali Yuga, appelé l'Age Noir, Irrémédiablement étend sa poigne sombre Pour plonger tout le monde en sa triste pénombre:
Les esprits sont retors, les conflits sont légion; -17- Les vues fausses partout pullulent à foison; L'Ile aux Pommiers Roses,¤¤¤ c'est la vallée des peines Où les deuils sont coutume et les afflictions reines.
Dans son Discours bon aux début, milieu et fin,# -18- Dza Patrül Rimpoché, sur un ton cristallin, Ne cesse de nous exhorter chaque seconde A renoncer au Cycle, interminable ronde !
* Atisha Dipamkara Shri Jnâna (982-1054). Pour La Lampe..., cf. trad. et comm. in note ***. ** Manjushri, Bouddha de la Sagesse. *** Djé Tsongkhapa, Losang Drakpa (1357-1419). Cf. le Lam Rim Chenmo dans Le Grand livre de la progression vers l'éveil (éd. Dharma). ¤ Référence au "véhicule unique" abordé dans l'illustre Soutra du Lotus (éd. Fayard). ¤¤ Référence au "Dharma de réalisation" (tib. "togpai tcheu") et au "Dharma des écritures" ("loung gui tcheu").
¤¤¤ "Jambudvipa", notre monde. # Cf. Le Trésor du coeur des êtres éveillés (éd. Seuil) ou Le Joyau du coeur (éd. Yogi Ling).

Arya Nagarjuna
Dans l'espace infini, tout est impermanent -19- Et le parfait esprit, semblable au firmament, Peut toujours se mouvoir, sans un mot, sans un geste, A travers les reflets de son miroir céleste...
Mais serait pessimiste un tel état des lieux -20- S'il n'était possible d'échapper à ces cieux, Or il est là question d'une paix bien réelle; Oyez, bonnes gens ! Oyez la bonne nouvelle !:
S'étant affranchi de la condition des serfs,* -21- Bouddha Shakyamuni a, dans le Parc aux Cerfs, Donné pour la première fois un Tour de Roue Pour nous élever de cet atome de boue;
Les Quatre Vérités sont: l'état d'affliction; -22- Ses causes sont désir, aversion, confusion; Il y a la cessation de ce phénomène; Et le Noble Sentier est la voie qui y mène.
Justes Compréhension, Pensée, Parole, Action, -23- Subsistance, Effort, Attention, Concentration Sont l'Octuple Chemin qu'il faut mettre en pratique Si l'on veut connaître le Bonheur authentique.
Mais fuyez d'abord les huit soucis du mondain -24- Dont la vie s'écoule entre la perte et le gain, Et qui, évitant l'une, en le second se vautre; Toujours suivi par l'une et courant après l'autre !
A quoi bon la douleur ? A quoi bon le plaisir ? -25- On confond "être heureux" et "céder au désir" ! Et du désir sournois, on reste sous la coupe Tant qu'on goûte aux plaisirs de Mara et sa troupe.**
A quoi bon s'attacher interminablement -26- Au plaisir passager d'un petit compliment ? A quoi bon s'offusquer d'une petite insulte ?, Celle-ci nous abat, du premier on exulte !
Fuyez, amis ! Fuyez toute réputation -27- Qui, bonne ou bien mauvaise, s'érige en prison ! Comme on lêche du miel sur le fil d'une épée, La soif devient pénible avec de l'eau salée...
* La servitude de l'ignorance. ** Il y a quatre "Mara" (ou "démons") associés aux agrégats, à l'impermanence, aux afflictions et à l'attachement pour les absorptions méditatives.

Arya Asanga
Dans l'espace infini, tout est impermanent -28- Et le parfait esprit, semblable au firmament, Peut toujours se mouvoir, sans un mot, sans un geste, A travers les reflets de son miroir céleste...
Pour que l'esprit se tourne enfin vers le Dharma, -29- Et pour qu'il se détourne alors du samsara, Il doit être attentif (tasse non retournée), Qui s'emplit (non fêlée), proprement (non souillée).
Il est bon à présent d'observer notre état -30- Et de rendre justice à l'évident constat: Y a-t-il ici-bas plus merveilleuse aubaine Que d'avoir cette précieuse existence humaine ?:
J'aurais pu, de colère, aller droit en enfer -31- Et bouillir en hurlant dans un chaudron de fer; Ou bien, vil et haineux, naître aux enfers de glace Sans pouvoir avant longtemps sortir de la place !
J'aurais pu aussi bien, par mon avidité, -32- Renaître en tant qu'esprit famélique assoiffé Qui souffrirait du feu des plus fortes épices Bien que ne pouvant manger que des immondices !
J'aurais pu tout à fait, par mon sombre mental, -33- Prendre naissance encore au royaume animal Où la loi de la jungle est bien sûr souveraine, Où la peur a partout établi son domaine !
J'aurais pu, par orgueil, renaître chez les dieux, -34- Et jouir là insouciant jusqu'au jour des adieux Où, isolé, terni, et en toute impuissance, On voit avec effroi la prochaine naissance !
J'aurais pu aussi bien renaître dieu jaloux, -35- Obsédé par la guerre et toujours en courroux Car cédant la victoire à la partie rivale Qui ferait de mes chutes sa joie triomphale !
J'aurais pu renaître pendant un noir kalpa -36- Où ne serait apparu aucun vrai Bouddha !, Avec des vues faussées !, ou en terre barbare !, Naître stupide ou bien avec quelqu'autre tare !

Arya Chandrakirti
Dans l'espace infini, tout est impermanent -37- Et le parfait esprit, semblable au firmament, Peut toujours se mouvoir, sans un mot, sans un geste, A travers les reflets de son miroir céleste...
Selon le Suhrllekha* d'Arya Nagarjuna, -38- Et selon, entre autres, le Seigneur Tsongkhapa,** Avoir pu échapper à ces huit destinées Sont les huit libertés, par dix dons complétées:
Cinq premiers attributs sont alors intérieurs, -39- Cinq opportunités sont les dons extérieurs: L'homme; en pays dharmique; aux facultés entières; Au karma favorable; inclinant aux prières;
S'il est né après l'apparition d'un Bouddha; -40- Ayant enseigné le vaste et profond Dharma; Quand celui-ci préservé; est mis en pratique; L'homme est dit bien né s'il trouve un maître authentique.
Et cette unique chance, on peut croire parfois -41- Qu'elle est pour nous un dû et qu'on l'a chaque fois, Or, malgré les efforts que notre espoir anime, Son avènement reste chose rarissime:
Une tortue aveugle au fond des océans, -42- Qui ne prendrait l'air qu'une fois tous les cent ans, Mettrait sa tête dans un joug à la dérive Plus souvent que pour nous renaître humain n'arrive !
Pour prendre l'autre exemple du mur vertical -43- Contre lequel on lance un petit pois banal, Quel taux de chance a-t-il d'adhérer à la pierre ? Naître ailleurs vaut pour nous chaque chute par terre !
Naître ici moins fréquent qu'une étoile en plein jour ? -44- On peut, pour s'en convaincre, observer alentour, Recenser d'un coup d'oeil l'existence animale Pour voir que l'être humain, loin s'en faut, ne l'égale.
Ayant donc pour un jour foulé l'Ile au Trésor, -45- Sa Cité de Joyaux et ses rues pavées d'or, Allons-nous tout gâcher et être assez stupides Pour finir bredouilles en partant les mains vides ?
* Cf. La Lettre à un ami de Nagarjuna, commentée par Guéshé Ngawang Khyènrab (éd. Dharma). ** Cf. Le Grand livre de la progression vers l'éveil (T. 1) de Jé Tsongkhapa (éd. Dharma).

Guru Padmasambhava
Dans l'espace infini, tout est impermanent -46- Et le parfait esprit, semblable au firmament, Peut toujours se mouvoir, sans un mot, sans un geste, A travers les reflets de son miroir céleste...
Oui, dans cet univers, tout* est impermanent; -47- On ne saurait hélas y mettre assez l'accent ! Tout ce qui est l'effet d'au moins une vraie cause Ne peut jamais marquer même la moindre pause.
Si l'on veut s'assurer que changent les kalpas, -48- On peut ici se fier aux propos des Bouddhas; Mais par inférence, la logique devine Quant à l'impermanence à moitié sibylline.
Enfin, pour ce qui est d'évidence mouvant, -49- Il n'est pas un seul jour, il n'est pas un instant Qui ne soient le théâtre d'un nouvel outrage Perpétré par le temps qui poursuit son ouvrage...
Et le vent porte au loin l'écho sempiternel -50- Des clameurs qu'un mourant, se voulant éternel, Adresse à la volée de ses regrettés proches Qui ne pensent déjà qu'à lui faire les poches !
Ce qui est élevé, est un jour rabaissé; -51- Ce qui est réuni, est un jour séparé; Tout ce qui s'amplifie, lentement s'amenuise; Tout ce qui s'accumule, dispersé, s'épuise...
Suivons l'exemple de Guéshé Bèn du Kongpo -52- - Fidèle ami kadampa du Précieux Jowo -** Qui faisait preuve d'admirable diligence Et n'avait pour la paresse aucune indulgence.
En effet, bienheureux ceux qui, après l'expir, -53- Sont absolument sûrs d'avoir un autre inspir ! Demain peut être une autre journée bien remplie, Demain peut être la venue d'une autre vie.
Le corps est si chétif qu'à défaut ou excès, -54- Même les remèdes sont causes de décès ! Allons, le temps défile à un rythme critique !, Fi des atermoiements, l'heure est à la pratique !
* Sous-entendu: "Tout ce qui est composé est impermanent", comme l'indique la suite de la strophe. ** Référence aux Contes Tibétains, Surya Das (éd. Courrier du Livre).

Sakya Pandita
Dans l'espace infini, tout est impermanent -55- Et le parfait esprit, semblable au firmament, Peut toujours se mouvoir, sans un mot, sans un geste, A travers les reflets de son miroir céleste...
Pourquoi pratiquer dans le but inavoué -56- D'accéder plus tard à un état élevé ?, On ne trouve ici pas plus de joie qui pétille Que de graine de moutarde au bout d'une aiguille !
L'excellent Chemin de la Grande Perfection -57- De Patrül Rimpoché pousse à la réflexion Quant à la souffrance des tortures immondes Que contient par nature chacun des six mondes.
Quel que soit le royaume, tout le Cycle entier -58- Est un vaste charnier, un immense brasier ! Désir, Forme ou Non-forme, fuyons les trois sphères* Qui depuis le début sont des noeuds de vipères !
S'il n'est que d'évoquer notre "noble vaisseau", -59- L'humaine condition est bien vite un fardeau Et constitue plutôt un radeau de fortune Qui se mesure à l'aune de notre infortune.
Pour l'Eveil, il est vrai, pas de meilleurs paliers; -60- Cessons cependant de dormir sur nos lauriers: Naître et tomber malade, vieillir et s'éteindre Sont là quatre raisons pour ne cesser de geindre.
Des quantités de larmes sont notre magot, -61- Nos cris sont quotidiens, l'affliction notre lot ! Loin de ce qu'on aime et près de ce qu'on déteste, A-t-on ce qu'on voulait ? On se plaint qu'il en reste !
En bref, de ces trois plaies qui font notre malheur, -62- La première est angoisse, misère et douleur; L'autre est un fait de la nature impermanente Qui retire au plaisir sa jouissance "inhérente";
Et la dernière enfin est d'ordre plus subtil: -63- Chacun ne sentant pas la présence d'un cil De la même façon dans l'oeil ou sur la paume, Etouffe peu ou prou quel que soit son royaume.
* Qui constituent le "cycle" ou cercle vicieux du samsara.

Djétsün Milarépa
Dans l'espace infini, tout est impermanent -64- Et le parfait esprit, semblable au firmament, Peut toujours se mouvoir, sans un mot, sans un geste, A travers les reflets de son miroir céleste...
Pour tenter d'échapper au siècle et son filet, -65- Il faut aborder la loi de cause à effet, Et c'est pourquoi, des Trois Entraînements,* l'Ethique Est la juste conduite, ordonnée ou laïque.
Dans le Tripitaka, la section Vinaya** -66- Aide à traiter avec l'implacable karma Et incite à avoir l'attitude correcte Pour apporter secours, serait-ce à un insecte.
La Précieuse guirlande de conseils au roi*** -67- Du grand Nagarjuna enseigne que, pour soi, Il est bon d'éviter toute action puérile Et que, pour autrui, mieux vaut tenter d'être utile.
S'abstenir du mauvais est déjà important, -68- Mais son aide apporter est un pas en avant. Par le corps, la parole et l'esprit, tout se compte, Alors quoi qu'on fasse, dise ou pense, on se dompte:
Au lieu d'ôter la vie, sachons la préserver; -69- Au lieu de dérober, apprenons à donner; Evitons l'inconduite charnelle adultère, Et soyons garants d'une dignité entière;
Evitant de mentir, nos propos restent blancs; -70- Pas de diffamations, nos rapports restent francs; Préférons aux mots durs la douceur langagière; Et aux vains caquets le silence ou la prière;
Transformons la colère et la vile aversion -71- En amour bienveillant et grande compassion; Transformons l'obsession du désir insatiable En le contentement d'une paix véritable;
Il faut surtout briser cette loi de l'erreur -72- Où l'ego se fait roi vautré dans la torpeur !, Il nie les vérités, figé dans sa croyance, Mais ne peut tenir tête à l'interdépendance...
* Les Trois Entraînements Supérieurs à l'Ethique, la Concentration et la Sagesse. ** Référence au Canon bouddhique. *** Cf. Le Ratnavali dans Conseils au roi (éd. Seuil) ou dans Comme la lumière avec la flamme (éd. Du Rocher).

Djé Tsongkhapa
(Yab Sé Soum)
Joyau Triple, ô Bouddha ô Dharma, ô Sangha !, -73- Arya Nagarjuna et Seigneur Asanga !, O Dalaï Lama, qu'en tout je laisse juge, Soyez dorénavant pour toujours mon refuge !...
Une fois entamé le développement -74- D'un indéfectible et joyeux renoncement, Les Voies des Auditeurs et Bouddhas-Solitaires Sont ainsi empruntées par ces préliminaires.
Or il est opportun d'évoquer avec soin -75- Le fait qu'on peut aller encore bien plus loin Car l'élan vers l'Eveil, magnifique attitude, Peut adopter ici l'infinie magnitude;
Et qui mieux qu'un Guru, oui, qui mieux qu'un Lama -76- Peut nous accompagner dans le Mahayana, Eclairer l'horizon et baliser la piste Grâce à la Sagesse et l'Esprit d'Eveil altruiste ?
Voir en lui d'abord un simple ami spirituel -77- Evite toute hâte et tout risque mutuel De relation stérile, addictive ou sectaire Tant que l'on ne sait pas à qui l'on a affraire !
Outre que le Lama doive être un érudit, -78- Il faut qu'il ait au moins pacifié son esprit. On dit même, en accord avec les écritures, Qu'il vaut mieux l'observer sous toutes les coutures !*
Enfin si le karma joue un rôle en ce lien, -79- Il est recommandé de se comporter bien Avec les Enseignants et le Lama-racine Qui, par sa grâce innée, notre coeur illumine.
Bouddha Shakyamuni a laissé en cadeaux, -80- De son authentique Dharma, les Quatre Sceaux Auxquels peut toujours se référer le disciple S'il doute qu'un conseil s'accorde au Joyau Triple:
Tout composé ne saurait être que changeant; -81- Et tout conditionné est insatisfaisant; Tout est vide d'existence-en-soi décelable; Et seul le nirvana est la paix véritable.
* Cf. Sa Sainteté le Dalaï Lama (enseignement public à Lérab Gar, 2000).

Dhyani Bouddhas
Joyau Triple, ô Bouddha, ô Dharma, ô Sangha !, -82- Arya Nagarjuna et Seigneur Asanga !, O Dalaï Lama, qu'en tout je laisse juge, Soyez dorénavant pour toujours mon refuge !...
De l'élan vers la voie le Lama a la clé -83- Et puis la compassion, selon Djé Rimpoché, Est la porte d'entrée de ce Grand Véhicule Que la vue du non-soi garde sous sa férule.
Savoir que tous les êtres sont les détenteurs -84- Du Sougatagarbha* pur et sans supérieurs Devrait être avant tout la raison suffisante Pour leur rendre la vie plus que satisfaisante.
Les Maîtres du Lodjong** offrant donc leur appui, -85- "Six Raisons, Un Effet", "l'Echange Avec Autrui" Constituent deux lignées d'excellentes méthodes Pour nous qui sommes de l'altruisme aux antipodes;
De Djampa et Thokmé, aux guéshés kadampa; -86- De Djamyang et Loudroup, jusqu'après Shiwalha,*** La première lignée est la vaste et féconde, Et la seconde ainsi est puissante et profonde:
Emportés par les flots de l'immense océan, -87- Tous les Etres errants sont nos mères d'antan Qui nous ont témoigné une bonté sans faille, Se privant souvent jusqu'à rester sur la paille...
Et ces multiples et variées marques d'amour, -88- Serait-on si ingrat qu'on ne puisse en retour Essayer tout au moins de leur rendre en partie Avec le voeu qu'enfin le Bonheur leur sourie ?
Les laisserons-nous dans ce mêmes conditions -89- Où les ont conduits, pour nous, toutes leurs actions ?, Il faut donc les porter vers la joie éternelle, Et c'est à ce dessein qu'un vrai Bouddha excelle;
Ainsi tous les Vainqueurs de l'Inde et du Tibet ¤ -90- Ont un jour éprouvé l'insurpassable effet Qu'est cette volonté d'être seul responsable Du fait que les Migrants aient une paix durable.
* "L'essence de Ceux allés en la félicité" ou "Nature de Bouddha". ** Mot tibétain pour un corpus portant sur "l'Entraînement de l'esprit" (... à la bonté). *** En sanskrit: Maitreya et Asanga, Manjushri, Nagarjuna et Shantidéva. Les Maîtres "kadampa" ont unifié les deux lignées au Tibet. ¤ ... entre autres.

Précieux Jowo
Joyau Triple, ô Bouddha, ô Dharma, ô Sangha !, -91- Arya Nagarjuna et Seigneur Asanga !, O Dalaï Lama, qu'en tout je laisse juge, Soyez dorénavant pour toujours mon refuge !...
La Marche vers l'Eveil* du grand Shantidéva -92- Qui décrit la noble voie du Bodhisattva, Expose la Pensée d'Eveil intentionnelle En méditant l'équanimité naturelle:
Notre flux de conscience est sans commencement -93- Et chaque être vivant a été un parent, C'est pourquoi nous parlons de nos anciennes mères Qui méritent nos égards tendres et sincères.
Or chaque être sensible ayant droit au bonheur, -94- Pourquoi en réclamer pour moi seul la primeur ?, Car, comparé à l'infinité de leur nombre, Mon coeur est égoïste, mesquin, triste et sombre !
Mais vouloir le bien de tous est l'Esprit d'Eveil -95- Qui nous fait nous ouvrir comme fleurs au soleil Et voir les qualités qui sont la vraie parure De notre parfaite et lumineuse nature !
On peut donc déployer, selon Shantidéva, -96- Les Quatre Immensurables Brahma-Vihara: Le Metta Sutta** dit: "D'Amour pur on inonde Dans les dix directions, le coeur de tout le monde."
On fait de même avec la Grande Compassion -97- Qui s'étend sans commune mesure, à foison: Puissent tous être libérés de la souffrance Et de ses causes qui naissent de l'ignorance !
Puissent tous de la Joie n'être pas séparés, -98- Et loin de ses causes n'être plus égarés Pas même un seul moment, pas même une minute, Et cela à partir de l'instant qui débute !
Puissent tous connaître enfin la tranquillité -99- Nommée "paix de l'esprit", pure Equanimité ! Voici donc cette Bodhitchitta relative Qui prendra tout son sens en devenant active...
* Edition Padmakara; voir aussi Vivre en héros pour l'éveil (éd. Seuil). ** Dans Pirit Nula – Le Fil de Pirit (éd. A. Maisonneuve).

Dza Patrul Rimpoché
Joyau Triple, ô Bouddha, ô Dharma, ô Sangha !, -100- Arya Nagarjuna et Seigneur Asanga !, O Dalaï Lama, qu'en tout je laisse juge, Soyez dorénavant pour toujours mon refuge !...
Pour porter le titre de Fils des Victorieux, -101- Il nous faut à présent toujours agir au mieux, Réaffirmant nos voeux, nuit et jour, en vacances, En pratique assise et puis entre deux scéances.
Si pour Chandrakirti, les Perfections sont dix, -102- Shantidéva les résume au nombre de six; Les cinq visent l'Accumulation de Mérite, La sixième est la Sagesse proprement dite:
Don, Ethique, Patience envers l'adversité, -103- Effort, Concentration et Vue de la vacuité Sont les Paramita, les Vertus Transcendantes Ainsi bien nommées parce qu'interdépendantes.
Et quoique rassemblées, chacune, à sa façon, -104- Agit comme antidote, en ville ou en session; Les cinq premières font s'écarter tout obstacle Pour s'unir à la Vue qui en est le pinacle:
Lourd de mes possessions, je n'ai fait qu'amasser -105- Tout ce dont Yama* viendra me débarrasser, Alors mieux vaut donner et autant que possible A ceux dont la vie est par défaut trop pénible !
J'ai longtemps subsisté de vins, de jeux, de chairs, -106- Et souvent été couronné "roi des impairs"; Pour en finir avec tout ce vice éhonté, Il me faut la fraîcheur de la moralité !
Si pour quelque problème, on a la solution, -107- S'inquiêter, c'est souffrir. Si point de solution ?, S'en inquiêter aussi, c'est souffrir davantage.** Voilà cette patience qu'est le vrai courage !
Un serpent sur le ventre, ou les cheveux en feu, -108- On s'empresse d'agir... en s'excusant du peu !, Or un plus vif effort, comme un sceau qu'on appose, Devrait être appliqué là, comme en toute chose !
* Personnification de la mort. ** Shantidéva.

Atisha
Joyau Triple, ô Bouddha, ô Dharma, ô Sangha !, -109- Arya Nagarjuna et Seigneur Asanga !, O Dalaï Lama, qu'en tout je laisse juge, Soyez dorénavant pour toujours mon refuge !...
Quant aux méditations, c'est le calme mental -110- Qui permet de "saisir les rênes du cheval" Afin que l'analyse soit plus incisive Pour finir en union toute contemplative.
Mais avant d'aborder cette méditation, -111- Si l'on a évité des sens la distraction, On a de son côté d'emblée toutes les chances De maîtriser l'esprit jusqu'aux vraies transcendances:
Un papillon de nuit qui ne peut résister -112- A l'éclat des bougies, finit par s'y brûler, Et montre ainsi qu'il faut toujours monter la garde Sans se laisser tenter par ce que l'on regarde.
Lorsqu'au cours de son chemin, l'imprudent oiseau -113- Entend au loin le chant séduisant de l'appeau, Il ne se méfie pas et se montre en lisière Pour terminer sa vie dans une gibecière.
Une abeille enivrée de parfum volera -114- Jusqu'à la népenthès ou bien au droséra Qui lui enseignera qu'une fleur carnivore Peut bien embaumer pour la proie qu'elle dévore.
Quand un appât éveille le goût d'un poisson, -115- Il ne faut pas longtemps pour qu'un simple hameçon Lui perce la bouche et, sans espoir de survie, Le tire sur la berge où il meurt d'asphyxie.
Et lorsque l'éléphant entre dans un marais -116- Pour couvrir de boue fraîche son vieux cuir épais, Il devient prisonnier de l'implacable vase Que son énorme poids fatalement écrase.
(Comme de notre esprit, l'image est un effet, -117- Narcisse s'est noyé dans son propre reflet), Donc ce sixième sens* est ici parasite Et le calme mental fait ainsi qu'on l'évite;
* Habituellement mis à l'honneur (puisque l'inférence logique est une cognition valide en épistémologie bouddhiste), le mental est maîtrisé, voire pacifié, dans ce cas précis.

Sita Tara
Joyau Triple, ô Bouddha, ô Dharma, ô Sangha !, -118- Arya Nagarjuna et Seigneur Asanga !, O Dalaï Lama, qu'en tout je laisse juge, Soyez dorénavant pour toujours mon refuge !...
Dans la posture en Sept Points de Vairotchana, -119- On suit le bon conseil du Bouddha à Shrôna, Qui, joueur de vîna avant que d'être moine, Vit qu'esprit ou cordes, tension juste est idoine.
Selon les Lamas tels Guéshé Thupten Tenpa,* -120- Et selon les Gom Rim** de Kamalashila, Choisir un objet méritoire est plus utile Que poser son esprit sur un objet futile;
Or, le corps du Bouddha, lumineux et doré, -121- Apaise celui qui s'en est bien inspiré. Mais il est, sans objet extérieur, fort possible De reposer l'esprit en sa base indicible...
Puisque très incomplet est le présent Lam Rim, -122- On n'y trouvera pas les détails qu'un Gom Rim Serait plus en mesure de faire connaître, Et mieux vaut en tout cas les recevoir du Maître.
Or on peut évoquer au moins les cinq défauts -123- Qu'on rencontre lors des stades plus ou moins hauts, Et qui, outre au Lama des suppliques dévotes, Trouvent leurs remèdes dans les huit antidotes:
Des paresse, oubli et torpeur-agitation, -124- Ainsi que des laxisme et excès de tension, L'une étant un démon qui nous piège en sa gueule, Mérite quatre antidotes à elle seule;
Il faut être confiant et fort intéressé, -125- Plein d'enthousiasme et plein de flexibilité Pour enfin réussir à noyer la paresse Dans les flots bienheureux de paisible souplesse.
Contre l'oubli, il faut l'outils du souvenir; -126- Flou ou bien agité, l'attention affermir; Stoppant net le poison, le remède on ranime; Et stoppant tout excès, on demeure équanime.
* Enseignements de Valence et La Baule. ** Pour le livre intermédiaire, cf. Les Etapes de la méditation, commenté par S.S. Le Dalaï Lama (éd. Trédaniel).

Arbre du Refuge
Joyau Triple, ô Bouddha, ô Dharma, ô Sangha !, -127- Arya Nagarjuna et Seigneur Asanga !, O Dalaï Lama, qu'en tout je laisse juge, Soyez dorénavant pour toujours mon refuge !...
Méditer est donc garder l'esprit clair et vif -128- Pour bien l'habituer à scruter, attentif, Par exemple, les vérités préliminaires,* Ou bien de l'Eveil les Trente-Sept Auxiliaires...**
Bien qu'on puisse acquérir d'ordinaires siddhis,*** -129- Gravissant les degrés des divers samadhis,¤ Mieux vaut plutôt fuir toute existence affligeante Par les Douze Liens de Production Dépendante !¤¤
Puisqu'ici notre esprit obtient plus d'acuité, -130- On parfait la Sagesse de la vacuité Et, n'étant plus alors de l'erreur la victime, Notre Esprit d'Eveil relatif devient ultime.
Or, bien que prolifèrent de tous les côtés -131- Tant de querelles d'exégètes distingués, La vue Madhyamika Prasangika est fière De toujours triompher par sa claire lumière;
Et Dodrupchèn-le-Ter, Jigmé Tempai Nyima, -132- Selon l'Insurpassable Dalaï Lama, Dit que chaque école a son propre point de mire, Mais reste identique la vue qui les inspire.¤¤¤
Du grand Lokeshvara à Vimalakirti, -133- De Nagarjuna jusqu'après Chandrakirti,# Prajnaparamita, Perfection de Sagesse Est l'ultime don que le Bouddha nous adresse;
Il n'est rien qui puisse être son propre produit, -134- Ni par quelqu'autre cause être jamais produit, Ni non plus grâce aux deux à la fois apparaître, Et non plus sans aucune cause jamais naître.##
Selon Shantidéva: "Quand ni réalité, -135- Ni non-réalité n'ont de ténacité, (...) Alors, libéré des concepts, l'esprit s'apaise." Donc, pour Voir, à présent, il vaut mieux qu'on se taise...
* Cf. p. 18 à 22. ** Cf. par exemple, L'Enseignement d'Akshayamati dans La Perfection de Sagesse (éd. Seuil). *** Pouvoirs ou accomplissements spirituels. ¤ Etablissements méditatifs. ¤¤ Cf. Le Sens de la vie, S.S. Le Dalaï Lama (éd. J'ai Lu). ¤¤¤ Cf. Cent éléphants sur un brin d'herbe (dernier chapitre), S.S. Le Dalaï Lama (éd. Seuil). # Cf. Le Soutra du coeur (éd. Claire Lumière); Le Soutra de la liberté inconcevable (éd. Fayard); Le Traité du milieu (éd. Seuil); et L'Entrée au milieu (éd. Dharma). ## Nagarjuna.

Shri Dévi
(Palden Lhamo)
Faire le bien de tous est cet Esprit d'Eveil -136- Qui nous fait nous ouvrir comme fleurs au soleil, Et voir les qualités qui sont la vraie parure De notre parfaite et lumineuse nature...
Voici donc le fameux rugissement du lion -137- Qui, proclamant le vide au coeur de compassion, Sait adapter aux disciples de toutes sortes Le Dharma aux Quatre-Vingt Quatre Mille Portes.*
Pour Guru Rimpoché,** quand tout est arc-en-ciel: -138- "Même si ma vue est plus haute que le ciel, L'attention que je porte aux actions est plus fine Que ne saurait l'être la meilleure farine !"
En effet, c'est en réalisant Shunyata*** -139- Que, sans s'attarder en pratishta-nirvana,¤ Et non plus se complaire en l'état samsarique, Qu'on transcende les deux, en union alchimique...
Considérant la Base, on a différencié -140- Distinctement les deux niveaux de vérité: La face relative exclue tout nihilisme, Et la face ultime exclue tout éternalisme.
Concernant la Voie, c'est celle des Perfections -141- Où s'accomplissent les deux Accumulations: De Méthode qui de l'affliction purifie, De Sagesse où l'omniscience est épanouie.¤¤
Ce qui actualise le Fruit de l'Eveil -142- Où les deux bienfaits ont un éclat sans pareil Grâce au Rupakaya qu'est l'altruisme suprême, Et au Dharmakaya qu'est la paix pour soi-même.¤¤¤
C'est pourquoi l'on traverse Terres et Chemins,# -143- Et l'on peut, pour arriver plus vite à ces fins, User, grâce au Lama, des méthodes tantriques Où Vue, Méditation et Action sont uniques.
Ah, le cours de la vie serait bien moins amer -144- Si l'on voyait la vague identique à la mer !, Car Base, Voie et Fruit sont d'identique essence, Et déjà réunis en la pure présence...
* Il est dit que c'est le nombre d'entrées possibles dans le Dharma. ** Padmasambhava. Grâce à sa puissance, le Dharma est parvenu dans toute sa pureté jusqu'au Tibet, au VIII° s. *** Mot sanskrit pour la vacuité (tib.:"tongpanyi"). ¤ Nirvana "statique" d'un arhat au sein du Véhicule Fondamental, par opposition au nirvana "non statique" d'un Bouddha parfaitement éveillé. ¤¤ Clin d'oeil à la traduction tibétaine de "Bouddha": "sang-gyé", "purifié-épanoui". ¤¤¤ Le Corps de Forme et le Corps de Vérité d'un Eveillé. # Cf. Sa Lam, les Terres et les Chemins de Guéshé Lobsang Tengyé (éd. Vajra Yogini).

Bhagavan Maitreya
Faire le bien de tous est cet Esprit d'Eveil -145- Qui nous fait nous ouvrir comme fleurs au soleil, Et voir les qualités qui sont la vraie parure De notre parfaite et lumineuse nature...
Mais avant d'autres Préliminaires Spéciaux, -146- Et parmi les actes méritoires cruciaux, Il existe, tel Tonglèn,* des pratiques blanches Dont fait bien sûr partie la Prière en Sept Branches:
Joyau Triple, ô Bouddha, ô Dharma, ô Sangha, -147- O Dalaï Lama, Yidam, Dharmapala !,** Avec ferveur aussi bien interne qu'externe,*** C'est à Vos pieds de lotus que je me prosterne;
Et sans hésitation, sans élan retenu, -148- Je vous fais don des contenant et contenu Qu'est le Mandala réel et imaginaire, Sans saisir agent, action, ni destinataire.¤
Devant Vous et devant les Trente-Cinq Vainqueurs, -149- Je confesse sans fard les multiples erreurs Que je regrette au point de vouloir les soumettre En Vous jurant de ne plus jamais les commettre.¤¤
Je me réjouis par contre de tous les bienfaits -150- Accomplis dans les trois temps par tous les Parfaits, Les Bodhisattvas et tous les Etres sensibles, Qui sont dignes de toutes louanges possibles.
Puissiez-Vous, ô mes Maîtres, tourner promptement -151- La Roue de vrai Dharma, sublime et excellent, Pour nous tous qui sommes condamnés aux misères Tant que nous ne profitons pas de Vos lumières !
Je Vous supplie de tout coeur, ô Tathagata,¤¤¤ -152- De ne surtout pas partir en le nirvana, Mais de toujours rester parmi nous, Vos disciples, Qui avons besoins de Vos présences multiples !
Les mérites qu'il m'est possible d'acquérir, -153- Au passé, au présent, ou bien à l'avenir, Je les dédie ainsi à l'Eveil de chaque Etre Pour que partout s'étende au plus tôt le bien-être !
* Tib.:"Donner (notre bien-être à tous) et Prendre (sur soi leur souffrance et ses causes). ** Les Trois Racines: le Maître, la Déité d'élection et les Protecteurs (et Dakinis). *** Extérieurement par le corps et la parole; intérieurement par l'état d'esprit. La Prosternation (qui n'est pas un signe de soumission, mais de profonde reconnaissance) constitue le premier préliminaire (tib.:"ngeundro"). ¤ L'Univers (Mandala) est traduit en tibétain par "Neu-Tchu": contenant (matière) et contenu (les êtres). ¤¤ Pour les noms des 35 Bouddhas de confession, cf., entre autres, Le Voeu de Bodhisattva, Bokar Rimpoché (éd. . Claire Lumière). Les quatre forces pour la confession sont: la force du support (tib.:"tèn gui top"), la force du . regret ("sün djinpai top"), celle de l'antidote ("nyènpeu top"), et celle des voeux ("dompai top"). ¤¤¤ Skt.:"Celui ou Ceux Ainsi Allé(s)", autre nom pour "Bouddha".

Guru Vajradhara
Faire le bien de tous est cet Esprit d'Eveil -154- Qui nous fait nous ouvrir comme fleurs au soleil, Et voir les qualités qui sont la vraie parure De notre parfaite et lumineuse nature...
Comme Ashvagosha, dans Gurupanchashika,* -155- Rappelle à bon escient le rôle du Lama, On ne saurait donc en la Voie Esotérique Mettre assez l'accent sur l'engagement tantrique.**
Or est-ce bien utile ici de souligner -156- Que le Lama est seul à pouvoir enseigner Ce dont nous n'évoquons que les bribes sommaires En parlant du Tantra et ses Préliminaires ?:
On invoque avant tout le blanc Vajrasattva -157- En disant les cent syllabes de son mantra Qui entourent le Houng*** que son coeur illumine, Purifiant tout en sa bonté adamantine.
Et du fond de son coeur on offre l'univers, -158- Depuis sa base d'or jusqu'aux plus hauts éthers, A tous les objets de refuge que le Maître Est susceptible à Lui seul de faire apparaître.
On unit son esprit à celui du Guru -159- -L'unique Détenteur du Sceptre et du Drilbu-¤ Pour s'ouvrir, et cela, de manière totale A la puissante joie de Sa grâce ancestrale.
Dans l'excellent Thog Tha Bar Soum Dou Guéwai Tam,¤¤ -160- Dza Patrül Rimpoché, évoquant le Yidam, Dit que pour accéder à l'Au-delà-des peines, Om Mani Padmé Houng¤¤¤ sont les syllabes reines.
L'Omniscient Longchènpa dit bien, quant au Non-duel: -161- "A quoi bon essayer de corriger le ciel ?" Quoi qu'il puisse advenir n'est ni meilleur ni pire Et l'on pourrait aussi bien éclater de rire !
Les mérites qu'il m'est possible d'acquérir -162- Au passé, au présent ou bien à l'avenir, Je les dédie ainsi à l'Eveil de chaque Etre Pour que partout s'étende au plus tôt le bien-être.
* Cf. Les Cinquante stances de dévotion au Gourou dans Le Mahamoudra qui dissipe les ténèbres de l'ignorance, (IIème partie), IXème Karmapa (éd. Marpa). ** Skt.: samaya; tib.: damtsik. "Esotérique": destiné aux pratiquants qualifiés, évitant ainsi de fausses interprétations. *** Syllabe mantrique qu'on peut écrire aussi Hum, mais que la prononciation laisse résonner en Houng. ¤ Référence au Bouddha dans sa forme primordiale Vajradhara: Détenteur du vajra (sceptre adamantin symbolisant la puissance de la compassion). Drilbu est le nom tibétain pour la cloche (skt.:gantha), représentant . la sagesse de la vacuité. ¤¤ Discours bon au début, au milieu et à la fin, Cf. Le Trésor du coeur des êtres éveillés (éd. Seuil) ou Le Joyau du coeur (éd. Yogi Ling). ¤¤¤ Mantra du Bouddha de Compassion Infinie.

Vajrasattva
Joyau Triple, ô Bouddha, ô Dharma, ô Sangha !, -163- Arya Nagarjuna et Seigneur Asanga !, O Dalaï Lama, qu'en tout je laisse juge, Soyez dorénavant pour toujours mon refuge !...
Faire le bien de tous est cet Esprit d'Eveil -164- Qui nous fait nous ouvrir comme fleurs au soleil, Et voir les qualités qui sont la vraie parure De notre parfaite et lumineuse nature...
Les Quatre Vérités sont: l'état d'affliction; -165- Ses causes sont désir, aversion, confusion; Il y a la cessation de ce phénomène; Et le Noble Sentier est la voie qui y mène.
Justes Compréhension, Pensée, Parole, Action, -166- Subsistance, Effort, Attention, Concentration Sont l'Octuple Chemin qu'il faut mettre en pratique Si l'on veut connaître le Bonheur authentique.
Tout composé ne saurait être que changeant; -167- Et tout conditionné est insatisfaisant; Tout est vide d'existence-en-soi décelable; Et seul le nirvana est la paix véritable.
Il n'est rien qui puisse être son propre produit, -168- Ni par quelqu'autre cause être jamais produit, Ni non plus grâce aux deux à la fois apparaître, Et non plus sans aucune cause jamais naître.
Pour Guru Rimpoché, quand tout est arc-en-ciel: -169- "Même si ma vue est plus haute que le ciel, L'attention que je porte aux actions est plus fine Que ne saurait l'être la meilleure farine !"
Les mérites qu'il m'est possible d'acquérir -170- Au passé, au présent ou bien à l'avenir, Je les dédie ainsi à l'Eveil de chaque Etre Pour que partout s'étende au plus tôt le bien-être.
L'Omniscient Longchènpa dit bien, quant au Non-duel: -171- "A quoi bon essayer de corriger le ciel ?" Quoi qu'il puisse advenir n'est ni meilleur ni pire Et l'on pourrait aussi bien éclater de rire !

Avalokiteshvara
Sarva Mangalam
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