Blog

Edito

  : Ajouté le 15/10/2008 à 15:17

Bienvenue chers amis,

J'essaie de préserver à mon modeste niveau l'Enseignement du Bouddha.

 

 

Pour le bien du Dharma et celui

 de tous les êtres dont le nombre

est aussi vaste que l'espace...

 

 

... puisse tout ceci être dédié à la longue vie de Sa Sainteté le XIVème Dalaï Lama du Tibet,

ainsi qu'à la liberté des peuples !

 

 

www.dalailama.com/

 

 

Tags :

» Catégorie Non spécifié
Commentaires (3) :: Poster un commentaire :: Lien permanent :: Envoyer à un ami

Présentation du Bouddhisme

  : Ajouté le 15/10/2008 à 16:20

 

 

 

 

« Bouddhisme » est le nom attribué au « Buddhadharma » qu'on peut traduire par « l'Enseignement de l'Eveillé ».

On hésite parfois à le qualifier de « religion » car ce terme tend à signifier un lien implicitement fait avec un Principe créateur que la doctrine bouddhique n'envisage pas; cependant, si ce terme signifie un lien avec une transcendance, alors le Bouddhisme est bien une religion.... entre autres. Cette transcendance étant ce qui est libre de tout conditionnement: notre nature la plus intime, qui, selon un autre angle de vue, peut aussi être dite immanente...

En outre, plus qu'une simple théorie philosophique, on peut le voir comme une science de l'esprit car sa méthodologie similaire à celle utilisée par la science occidentale insiste non seulement sur la rigueur logique, mais aussi sur l'expérimentation directe (cf. Au-delà des dogmes, S.S. Le Dalaï Lama).

Il existe plusieurs degrés de lecture concernant la vie du Bouddha Shakyamuni lui-même (cf. par exemple: Sur les traces de Siddharta, Thich Nhat Hanh) et surtout à propos de son enseignement (cf. entre autres: La Voie de la félicité, S.S. le Dalaï Lama), ce qui rend parfois l'approche du Bouddhisme assez complexe, mais aboutit en fait à une grande simplicité.

On distingue généralement plusieurs « véhicules » dans le Dharma:

  • le véhicule fondamental (correspond aux discours du Bouddha exposant les Quatre Nobles Vérités et leurs caractéristiques), qui est pratiqué essentiellement en Asie du Sud-Est;
  • le grand véhicule (dont les enseignements ne sont plus donnés seulement à des auditeurs habituels mais plutôt à des « bodhisattvas », ceux qui se destinent à atteindre l'Eveil pour le bien de tous les êtres), pratiqué entre autres en Chine, au Japon, en Corée etc;
  • le véhicule tantrique (toujours dispensé par le Bouddha lui-même) qui, bien que relevant surtout du précédent, s'appuie lui aussi sur le véhicule fondamental. Il est rare que les Bouddhas l'enseignent et, bien qu'il soit présent en Inde ou ailleurs (en Corée, par exemple,  ou encore avec le Mikkyo japonais et ses deux écoles: Tendai et Shingon), il est essentiellement préservé par les maîtres tibétains. On l'appelle aussi véhicule ésotérique car sa pratique, réservée à des pratiquants qualifiés, peut être sujette à de fausses interprétations.

Le « Bouddhisme tantrique » porte aussi d'autres noms comme « Bouddhisme tibétain » ou « himalayen », « Vajrayana » ou « Véhicule des mantra secrets » etc. et il regorge de moyens habiles favorisant un progrès spirituel rapide car il se distingue des autres Véhicules (...de la cause; skt. hetu-yana) en étant un Véhicule basé sur le fruit (pala-yana).

 

Toutes ces voies mènent à un seul but: le bonheur authentique de tous les êtres; et se résument aux Quatre Nobles Vérités enseignées par le Bouddha au Parc des Cerfs, près de Bénarès:

 

Les Quatre Vérités sont: l'état d'affliction;

Ses causes sont désir, aversion, confusion;

Il y a la cessation de ce phénomène;

Et le Noble Sentier est la voie qui y mène.

 

De plus, ce qui distingue le Bouddhadharma de tout autre tradition est son exposé de la vacuité, synonyme d'interdépendance, et les Quatre Sceaux du Bouddhisme en témoignent:

 

Tout composé ne saurait être que changeant;

Et tout conditionné est insatisfaisant;

Tout est vide d'existence-en-soi décelable;

Et seul le nirvana est la paix véritable.

 

 

 

Tags :

» Catégorie Non spécifié
Commentaires (1) :: Poster un commentaire :: Lien permanent :: Envoyer à un ami

Dharmakarika, sommaire, précisions et remerciements

  : Ajouté le 15/10/2008 à 16:22

 



ou

Stances du Dharma

 

 

 

 

 

Sommaire:

 

 

 

 

Livre I: Bouddha Shakyamouni




Livre II: Ekayana




Ekayana: économie du texte




Bibliographie Bouddhique




* * *

 

Petites précisions


- Selon l'une des vues présentes au sein de la tradition tantrique, le Bouddha, intemporellement éveillé, a pris un Corps d'Emanation Suprême dans un but pédagogique en montrant la Voie aux êtres ordinaires que nous sommes.
Or, la courte biographie du Bouddha qui suit (à part les quelques vers évoquant le Pic du Vautour ou l'Enseignement Tantrique) est essentiellement inspirée par l'excellent ouvrage Sur les traces de Siddharta du Vén. Thich Nhat Hanh (Cf. bibliographie) se référant ici aux Soutras du Véhicule Fondamental.
Le récit peut donc être à prendre au sens intentionnel et didactique, plutôt qu'au sens ultime.

- A propos de l'avant-dernière strophe (du même texte):
La déclaration selon laquelle le Bouddha ne se soustrait au karma qu'en paranirvana n'est pas forcément à prendre au sens littéral, car, son corps étant pur, il n'est plus soumis aux conditionnements depuis longtemps.
De plus, le Bouddha n'a pas eu à attendre de "quitter son corps" pour enseigner le Tantra puisque ce dernier est transmis dans le domaine des "cinq certitudes", au-delà de toute contingence.

- Les noms en pali et en sanskrit ont été volontairement mêlés les uns aux autres.

- La transcription des langues indiennes et tibétaine ne s'appuie sur aucune autre convention que la juste prononciation ou l'usage fréquent de certains mots.

- Toutes les diphtongues sont prononcées en synérèses, et seuls sont prononcés en diérèses les mots suivants:



Pour le livre I:

déité
louanges
s'épanouir
s'évanouir
nuages.


Pour le livre II:

Dalaï Lama
souhaits
prière(s)
inavoué
puérile
joueur
habituer
épanouie
actualise
louanges.

 

* * *

 

 

- Ma profonde reconnaissance ne saurait jamais repayer l'immense bonté que Guéshé Thupten Tenpa manifeste toujours envers moi.

A cet enseignant simple et remarquable je rends hommage du fond du coeur.

 


* * *


- Un grand merci à mon adorable mère, Jocelyne, pour son aide efficace et précieuse.





 
 









Tant que demeurera l'espace,

Tant que d'Errants l'on aura trace,

Puissé-je moi aussi rester

Pour leurs souffrances dissiper
.





Shantidéva
(Bodhisattvacharyâvatara, Ch. X, § 55)

 

Arya Shantidéva

Tags :

» Catégorie Non spécifié
Commentaires (0) :: Poster un commentaire :: Lien permanent :: Envoyer à un ami

Dharmakarika, livre I: Bouddha Shakyamouni

  : Ajouté le 15/10/2008 à 16:23

 

 

 

 

I- Siddharta



Dans l'espace infini, tout est impermanent
Et le paisible esprit, goutte de vif-argent,
Peut toujours se mouvoir à travers la poussière
Sans jamais s'y mêler, tel l'ombre et la lumière.

Du céleste royaume appelé Tushita
S'apprétait à venir jusqu'au Jambudvipa
Le Maître accueilli par l'Inde ancienne et sacrée,
Sur sa terre bénie et aux dieux consacrée.

Une nuit étoilée, au palais des Shakya,
Lors d'un rêve serein, ranî Mahamaya
Vit un éléphant blanc loger en sa personne,
Sur un rose lotus, en un chant qui résonne.

A Kapilavastu, tout fut joies et clameurs,
Rires, vins et banquets, musiciens et danseurs,
Car la reine Maya allait bien mettre au monde
Du roi Shuddhodana la lignée sans seconde.

Partie voir ses parents, la noble dakini
Souhaita quelque repos au parc de Lumbini;
Au milieu des jardins au parfum d'orchidée,
Agrippant une branche, elle fut délivrée.

De retour au palais, on nomma Siddharta
L'enfant royal émouvant le sage Asita
Qui prédit à la cour que le Ciel et la Terre
Seraient son empire sans nul besoin de guerre.

Il fut élevé par Mahaprajapati
Car sa mère, d'épuisement ayant pâti,
Dut s'envoler jusqu'à la paix sans artifice
Par la force de son immense sacrifice.

... Et le temps a passé à jouer et étudier
Pour le prince assis là sous un beau jambosier;
"Les Védas disent-ils ce qu'est l'impermanence ?",
C'est la première fois qu'il médite en silence.

Son palais près d'un lac, bien qu'un vrai paradis,
Reste pour Siddharta un écrin de rubis
En plein coeur des forêts aux reflets d'émeraude
Où chantent les paons à l'aurore humide et chaude.

Toujours accompagné du fidèle Channa,
Il voit les gens tenter de laver leur karma
Au bord de Banganga, où parfois il s'évade,
Effaçant son ennui à travers l'escapade.

 

* * *


Dans l'espace infini, tout est impermanent
Et le paisible esprit, goutte de vif-argent,
Peut toujours se mouvoir à travers la poussière
Sans jamais s'y mêler, tel l'ombre et la lumière.

Il est temps pour la princesse Yashodhara
De rencontrer l'ainé du pays de Shakya
Grandissant en beauté, montant fière monture,
Rompu à tous les sports, arts et littérature.

C'est, déjà occupée à porter un secours
Aux gens déshérités qui n'ont plus de recours,
Qu'il la découvre un jour, au détour d'un village,
Elle, dont il aimera le noble visage.

Il semble qu'à la fois, sa tendre humilité
Et son éclat divin plein de simplicité
Attirent les faveurs de notre jeune prince
Qui n'oubliera pas cette rencontre en province.

Serait-ce là l'effet du plus heureux destin
Lorsqu'à l'issue d'un tournoi suivi d'un festin,
Siddharta offre son propre collier de perles
A la princesse, colombe parmi les merles ?

Et c'est ainsi que pour célébrer leur union
Toujours empreinte d'altruisme et de compassion,
La cité tout entière s'emplit de lanternes,
De drapeaux et de fleurs, de musique aux tavernes.

Le temps passe et, conduit par Channa le loyal,
On voit sur les chemins l'humble couple royal
Apporter habits, remèdes et nourriture
Aux démunis dont il partage la masure.

Plutôt que d'être prisonnier de la fonction
A la cour bien trop sujette à la corruption,
Siddharta préfère méditer et apprendre
Pour pouvoir enfin cette misère comprendre.

Sur les flots de la vie à l'impétueux courant,
Il apprend coup sur coup le trépas d'un enfant
Et la proche venue de l'héritier du trône
A qui il n'est pas sûr de donner ce qu'il prône.

Allumant au balcon un bâton de santal
A la fumée légère, au parfum sans égal,
Ecoute la princesse si pâle et si brune
Son doux mari jouer de la flûte au clair de lune...

* * *


Dans l'espace infini, tout est impermanent,
Et le paisible esprit, goutte de vif-argent,
Peut toujours se mouvoir à travers la poussière
Sans jamais s'y mêler, tel l'ombre et la lumière.

On dirait qu'en cette chaude journée d'été
Les cieux sont assombris par quelque déité
Au moment où, dans la douleur bien éprouvante,
Au milieu de ses cris, Yashodhara enfante.

Ranî Prajapati et Ranî Pamita,
Puis la cour, à la vue du bébé Rahula,
Se confondent en joie, sourires et louanges
Pour cet héritier mâle, ange parmi les anges.

Les allant visiter, c'est le coeur bien serré
Que Siddharta embrasse son fils espéré
Et sa femme à laquelle il dit sa gratitude,
Puis trouve au jardin un refuge en solitude...

Plus tard, au moment des printannières senteurs,
Notre famille, sous les jambosiers en fleurs,
Arrête soudain sa sereine promenade
Pour tenter d'aider, en vain, un homme malade.

Il faut pour Siddharta échapper à ce sort
De naissance et vieillesse en maladie et mort
Afin d'en délivrer tous les êtres sensibles
Qui en sont pour l'instant les infortunées cibles.

Il décide alors de demander à Channa
De bien seller son princier cheval Kantakha
Et de se tenir prêt à le suivre à l'aurore
Pour l'aider à fuir ce monde qui le dévore.

N'osant pas réveiller l'aimée Yashodhara,
Ni sa famille, ni son enfant Rahula,
Suivi de son ami, il traverse la ville
Profondément plongée dans un sommeil tranquille.

Atteignant les limites du pays natal,
Il confie à Channa son collier, son cheval,
Sa longue chevelure, ainsi que son épée
Avec laquelle il l'a d'un coup net bien tranchée.

Malgré la souffrance de la séparation,
Voyant le bien-fondé de sa motivation,
Il sait que la quête de la voie n'est pas vaine
Et s'enfonce enfin seul dans les bois, son domaine...

 


* * *


Dans l'espace infini, tout est impermanent,
Et le paisible esprit, goutte de vif-argent,
Peut toujours se mouvoir à travers la poussière
Sans jamais s'y mêler, tel l'ombre et la lumière.

C'est en cette forêt que, sortant du sous-bois,
Un repentant chasseur, portant arc et carquois,
Change avec Siddharta son propre habit de moine
Qui est pour celui-ci la tenue plus idoine.

Ainsi parmi les cerfs, sous l'ombrage chantant,
Commence à méditer le nouveau moine errant;
Le soleil filtre dans les feuilles ses lumières
Qui viennent effleurer les sereines paupières...

Puis rencontrant un moine appelé Bhargava,
Le suivant chez le maître Alara Kalama,
Il apprend comment trouver de la nourriture
En mendiant au village, ou bien dans la nature.

Alors qu'il s'habitue à dormir sur le sol,
Ne manger qu'à midi et puis manier le bol,
Il contrôle son corps, empli de paix suprême
Et développe ainsi sa conscience à l'extrême.

Or même l'état de non-matérialité
N'est toujours pas l'accès à la nue Vérité;
Il faut pour Siddharta remercier cet ascète
Et dans le Magadha poursuivre alors sa quête.

Venu non loin de la cité Rajagriha,
A l'ashram du maître Udraka Ramaputra,
Après une période pourtant assez brève,
Il devient l'assidu et le meilleur élève.

A force de pratique et de concentration,
Il transcende toute notion de perception,
Mais reprend à nouveau le chemin de l'errance
Car ça ne suffit pas pour ôter la souffrance.

Dans les alentours du fleuve Néranjana,
Des monts Dansgiri, du village Uruvéla,
Il médite selon ce que son coeur lui dicte,
Habitant une grotte en ascèse bien stricte...

Par Kondanna et quatre amis bientôt rejoint,
Il poursuit ses mortifications à tel point
Que son corps décharné par le manque de force
Prend l'aspect parcheminé d'une vieille écorce. 


II- L'Eveillé



Dans l'espace infini, tout est impermanent
Et le paisible esprit, goutte de vif-argent,
Peut toujours se mouvoir à travers la poussière
Sans jamais s'y mêler, tel l'ombre et la lumière.

La constante tenue de son austérité
Qui s'affiche au travers de son corps tourmenté,
Bien qu'assurant sans doute une ardue discipline,
N'accorde pas à l'esprit la vraie paix divine.

Or un jour, le vent ayant asséché sa peau,
L'ermite Siddharta se rafraichit dans l'eau
Pour constater que le bien-être est fort utile
Lorsqu'on choisit de suivre une voie plus habile.

Sur un corps étendu au milieu d'ossements,
Pour s'en aller mendier, il prend les vêtements,
Qui, une fois lavés, ont la couleur de brique,
Mais il s'effondre aussi car bien trop famélique...

Le voyant en chemin, venue d'Uruvéla,
Une petite fille nommée Sujata
Lui fait boire le lait qu'elle avait avec elle
Et lui sauve la vie en vidant son écuelle.

Siddharta Gautama se fait un autre ami
Car, tous les trois jours, le jeune bouvier Svasti
Lui offre une brassée d'herbe kusha bien tendre
Qui lui sert de coussin pour s'asseoir ou s'étendre.

Et toujours sur la voie de la méditation,
L'ermite pratiquant la sereine attention,
Pose sur tout ce qui fait partie de ce monde
L'épée au fil tranchant de la vision profonde.

D'expérience directe il découvre la loi
De l'interdépendance appelée le non-soi;
Et voyant l'univers présent en chaque chose,
Il sait que sur cela la Vérité repose.

Sous l'ombrage de jade si noble et altier
De ses feuilles "en coeur", abrite un grand figuier
Celui qui s'établit en la pleine conscience
Pour atteindre l'apogée de son existence.

Ainsi, fermant les yeux sous l'étoile du soir,
Il subit dans la nuit un orage si noir
Qu'il déchire le ciel d'éclairs et de tonnerre
Parfois entrecoupés de tremblements de terre.

 

 

* * *


Dans l'espace infini, tout est impermanent
Et le paisible esprit, goutte de vif-argent,
Peut toujours se mouvoir à travers la poussière
Sans jamais s'y mêler, tel l'ombre et la lumière.

Durant les premières heures de cette nuit,
Siddharta, dont la méditation se poursuit,
Voit que tout est en tout, et donc que la souffrance
Ne naît que de la prison de notre ignorance.

Il voit ses vies passées, et puis en un instant,
Les naissances et morts de tout être vivant;
Et comme son esprit est libre de ses voiles,
Il voit naître et mourir, par milliers, les étoiles;

Pour que cet univers puisse s'épanouir,
De multiples mondes doivent s'évanouir
Pour mieux dans une fleur soudain réapparaître
Et, telle une illusion, à nouveau disparaître.

Ah, le cours de la vie serait bien moins amer
Si l'on voyait la vague identique à la mer !
Et Siddharta, libéré de toute souillure,
Connaît enfin la paix véritable et très pure...

Malgré la tourmente céleste qui rugit,
Toujours assis sous le pippala, il sourit
Et puisqu'il n'est plus de l'illusion la victime,
Il baigne en un halo de lumière sublime...

En unissant l'Amour et la Compréhension
On détruit l'envie, la haine et la confusion
Pour enfin connaître le Bonheur qu'on déguste
Grâce au Noble Sentier de la Pratique Juste.

Il acquiert le pouvoir de lire en chaque esprit
En transcendant l'espace et ce qui s'y inscrit,
Au moment où l'étoile du matin scintille,
Après l'orage, quand la pleine lune brille.

A l'horizon se lève un soleil rougeoyant,
Et le sage, dans un silence foudroyant,
Ayant atteint le but excellent de la Voie,
Demeure tout Amour en la Paix et la Joie.

Om Mouni Mouni Mahamouniyé Svaha !
Siddharta Gautama est le parfait Bouddha !
De la main il prend à témoin la Terre entière
Qu'il bénit de sa compatissante lumière... 


 

 

 

 


III- Shakyamuni



Dans l'espace infini, tout est impermanent
Et le paisible esprit, goutte de vif-argent,
Peut toujours se mouvoir à travers la poussière
Sans jamais s'y mêler, tel l'ombre et la lumière.

Il sera temps de tourner la Roue du Dharma,
Car c'est sans s'attarder en le doux nirvana
Et non plus se complaire en l'état samsarique
Qu'on transcende les deux en union alchimique.

Pour l'instant, le Bouddha voit d'un regard nouveau
Le soleil et les nuages danser sur l'eau,
Les forêts et les plaines dans la tiède brise,
Comme un vrai miracle qui l'émeut et le grise.

Puis, avec les enfants, à l'ombre du ficus,
Il partage du riz, des graines de lotus,
Et leur enseigne à manger une mandarine
En la pleine conscience vive et cristalline.

Promettant son retour, il part de bon matin
Pour aider sa famille à trouver le Chemin,
Mais recherche avant tout ses premiers condisciples
Pour leur rapporter ses connaissances multiples.

Près de Varanasi, il trouve Kondanna,
Et, avec ses amis, constitue la Sangha
- La Communauté qui à l'Eveil se dévoue -
Après avoir donné le premier Tour de Roue:

Les Quatre Vérités sont: l'état d'affliction;
Ses causes sont désir, aversion, confusion;
Il y a la cessation de ce phénomène;
Et le Noble Sentier est la voie qui y mène.

Justes Compréhension, Pensée, Parole, Action,
Subsistance, Effort, Attention, Concentration
Sont l'Octuple Chemin qu'il faut mettre en pratique
Si l'on veut connaître le Bonheur authentique.

Vouloir le bien de tous est cet Esprit d'Eveil
Qui nous fait nous ouvrir comme fleurs au soleil,
Nourrissant les qualités qui sont la parure
De notre divine et lumineuse nature.

Le sage des Shakya - le Mouni de son clan -
Suivi par ses disciples drapés de safran,
Va mendier tous les jours son repas aux villages,
Faisant grandir la Sangha de nouveaux visages... 

 

 

 

* * * 


Dans l'espace infini, tout est impermanent
Et le paisible esprit, goutte de vif-argent,
Peut toujours se mouvoir à travers la poussière
Sans jamais s'y mêler, tel l'ombre et le lumière.

Les mots sont limités et ne suffiraient pas
Pour décrire le sens des très nombreux Soutras
Exposant la Doctrine si vaste et profonde
Emanée du grand Maître honoré-par-le-monde;

Pour suivre le Bouddha incarnant la bonté,
On peut donc contempler ces instants de beauté
Qui ne sont que des bribes de vie exemplaire
Très humblement choisies de façon arbitraire...

Lors du joyeux retour à Kapilavastu,
Acclamé au palais, l'Illuminé Bhikshu
Accueille dans ses rangs, sous les meilleurs auspices,
Son enfant, ses cousins et bien d'autres novices.

Grâce aux terres données par divers souverains
A la Sangha détachée des dharmas mondains,
Il n'y a bien sûr absolument rien d'étrange
A ce qu'elle brille sur la plaine du Gange.

Quand la saison des pluies abreuve les palmiers,
La Forêt de Bambous et celle des Manguiers
Abritent alors les tout premiers monastères,
N'étant ni trop confortables ni trop austères.

Assisté par Ananda et Shariputra,
Par Mahakassapa et puis Moggallana,
L'Eveillé propage la sublime Doctrine
Qui, lorsqu'on l'incarne, libère et illumine.

Près du Jétavana, sur le Pic du Vautour,
Le Maître et ses disciples assis alentour,
Tels un soleil et ses multiples rayons d'ambre,
Font au monde entrevoir de l'Eden l'antichambre.

En chemin vers le nord, à Kushinagara,
S'est soustrait au karma, en paranirvana,
Le grand Tathagata réel et véridique
Pour mieux nous délivrer l'Enseignement Tantrique.

Dans l'espace infini, tout est impermanent
Et le parfait esprit, semblable au firmament,
Peut toujours se mouvoir, sans un mot, sans un geste,
A travers les reflets de son miroir céleste...

 

 

 

Sarva Mangalam !

 

 

 

Tags :

» Catégorie Non spécifié
Commentaires (0) :: Poster un commentaire :: Lien permanent :: Envoyer à un ami

Dharmakarika, livre II: Ekayana

  : Ajouté le 15/10/2008 à 16:25

 

 

Namo Guru !



Dans l'espace infini, tout est impermanent
-1-
Et le parfait esprit, semblable au firmament,
Peut toujours se mouvoir, sans un mot, sans un geste,
A travers les reflets de son miroir céleste....

Triple Gemme, ô Bouddha, ô Dharma, ô Sangha,
-2-
Profond Nagarjuna et puis vaste Asanga,
O Dalaï Lama, qu'en tout je laisse juge,
Soyez à cet instant pour toujours mon refuge.

Bien que je ne sois qu'un tartuffe, un faux dévot,
-3-
Si j'ai quelque mérite à écrire un seul mot
Concernant le Dharma authentique et sublime,
Qu'il soit donc cause pour tous du bonheur ultime !

O Votre Sainteté, ô Précieux Protecteur
-4-
Qui nous délivrez de la peine et de la peur
En faisant de l'Amour la plus vraie des escortes,
A vos pieds de lotus je dévoue mes trois portes.

En effet, par le corps, la parole et l'esprit,
-5-
 Et du fond de mon coeur qui de respect s'emplit,
C'est à Vous, Parfait Maître Océan-de Sagesse,
Que ma reconnaissance si humble s'adresse.

Grâce à Vous, ô Joyau qui comblez les souhaits,°
-6-
 J'ai la chance de pouvoir trouver des attraits
Au Dharma enseigné par l'Honoré-du-monde,
Jusqu'alors préservé chez Vous, au Toit du Monde.

O Kündün,°° ô Présence,°° ô Vainqueur Tchènrézi*
-7-
 Sous les traits d'un moine, chef d'Etat accompli,
C'est vous que je vois en les Lamas des lignées
A qui mes prières sont aussi adressées.

Pardonnez, s'il vous plaît, Noble Yishin Norbu,°
-8-
 Mon audace à vouloir, comme Palgué Tülku,**
Ecrire non mes mots, mais plutôt ceux du Maître,
Au risque de pâle imitateur apparaître.

Or, bien qu'étant en outre un médiocre étudiant
-9-
A l'esprit aussi plein que la main d'un mendiant,
C'est pour dompter l'esprit que je manie la plume,
Et s'il est quelque erreur, en tous points je l'assume.



* Avalokiteshvara, Bouddha de Compassion Infinie.
** Référence au Chemin de la Grande Perfection de Dza Patrul Rimpoché (éd. Padmakara).

 



Mandala de Shri Amitayus


Dans l'espace infini, tout est impermanent
-10-
Et le parfait esprit, semblable au firmament,
Peut toujours se mouvoir, sans un mot, sans un geste,
A travers les reflets de son miroir céleste...

Parmi les Victorieux emplis de compassion,
-11-
Hommage à L'Eveillé Pourfendeur-d'illusion,
Hommage à Manjushri, le Glorieux Juvénile,
Pour que ces quelques vers soient besogne facile !

Si déjà au Tibet, Atisha,* vrai soleil,
-12-
A légué La Lampe de la voie vers l'Eveil,
Alors pourquoi chercher à passer la journée
En voulant le "plagier" sous la forme imposée ?

Si déjà Djampel Yang** s'est souvent incarné
-13-
Sous les traits, par exemple, de Djé Rimpoché***
Laissant plusieurs autres Lam Rim en héritage,
Alors pourquoi noircir à mon tour cette page ?

J'écris Ekayana ¤ pour plus d'une raison:
-14-
N'ayant pas du Dharma la réalisation,
Quant à l'Enseignement, dois-je au moins me permettre,
A défaut de l'esprit, en préserver la lettre.¤¤

Car si l'on ne sait pas la Doctrine en péril,
-15-
Il n'est que d'observer le Tibet en exil
Fuyant, quand il le peut, crimes, viols et torture
Qui sont monnaie courante où l'invasion perdure !

Il suffit d'un coup d'oeil pour bien s'apercevoir
-16-
Que ce Kali Yuga, appelé l'Age Noir,
Irrémédiablement étend sa poigne sombre
Pour plonger tout le monde en sa triste pénombre:

Les esprits sont retors, les conflits sont légion;
-17-
Les vues fausses partout pullulent à foison;
L'Ile aux Pommiers Roses,¤¤¤ c'est la vallée des peines
Où les deuils sont coutume et les afflictions reines.

Dans son Discours bon aux début, milieu et fin,#
-18-
Dza Patrül Rimpoché, sur un ton cristallin,
Ne cesse de nous exhorter chaque seconde
A renoncer au Cycle, interminable ronde !



* Atisha Dipamkara Shri Jnâna (982-1054). Pour La Lampe..., cf. trad.. et comm. in note ***.
** Manjushri, Bouddha de la Sagesse.
*** Djé Tsongkhapa, Losang Drakpa (1357-1419). Cf. le Lam Rim Chenmo dans Le Grand livre de la progression vers l'éveil (éd. Dharma).
¤ Référence au "véhicule unique" abordé dans l'illustre Soutra du Lotus (éd. Fayard).
¤¤ Référence au "Dharma de réalisation" (tib. "togpai tcheu") et au "Dharma des écritures" ("loung gui tcheu")..

¤¤¤ "Jambudvipa", notre monde.
# Cf. Le Trésor du coeur des êtres éveillés (éd. Seuil) ou Le Joyau du coeur (éd. Yogi Ling).
 

 

Arya Nagarjuna


Dans l'espace infini, tout est impermanent
-19-
Et le parfait esprit, semblable au firmament,
Peut toujours se mouvoir, sans un mot, sans un geste,
A travers les reflets de son miroir céleste...

Mais serait pessimiste un tel état des lieux
-20-
S'il n'était possible d'échapper à ces cieux,
Or il est là question d'une paix bien réelle;
Oyez, bonnes gens ! Oyez la bonne nouvelle !:

S'étant affranchi de la condition des serfs,*
-21-
Bouddha Shakyamuni a, dans le Parc aux Cerfs,
Donné pour la première fois un Tour de Roue
Pour nous élever de cet atome de boue;

Les Quatre Vérités sont: l'état d'affliction;
-22-
Ses causes sont désir, aversion, confusion;
Il y a la cessation de ce phénomène;
Et le Noble Sentier est la voie qui y mène.

Justes Compréhension, Pensée, Parole, Action,
-23-
Subsistance, Effort, Attention, Concentration
Sont l'Octuple Chemin qu'il faut mettre en pratique
Si l'on veut connaître le Bonheur authentique.

Mais fuyez d'abord les huit soucis du mondain
-24-
Dont la vie s'écoule entre la perte et le gain,
Et qui, évitant l'une, en le second se vautre;
Toujours suivi par l'une et courant après l'autre !

A quoi bon la douleur ? A quoi bon le plaisir ?
-25-
On confond "être heureux" et "céder au désir" !
Et du désir sournois, on reste sous la coupe
Tant qu'on goûte aux plaisirs de Mara et sa troupe.**

A quoi bon s'attacher interminablement
-26-
Au plaisir passager d'un petit compliment ?
A quoi bon s'offusquer d'une petite insulte ?,
Celle-ci nous abat, du premier on exulte !

Fuyez, amis ! Fuyez toute réputation
-27-
Qui, bonne ou bien mauvaise, s'érige en prison !
Comme on lêche du miel sur le fil d'une épée,
La soif devient pénible avec de l'eau salée...




* La servitude de l'ignorance.
** Il y a quatre "Mara" (ou "démons") associés aux agrégats, à l'impermanence, aux afflictions et les enfin les esprits malfaisants
.

 


Arya Asanga


Dans l'espace infini, tout est impermanent
-28-
Et le parfait esprit, semblable au firmament,
Peut toujours se mouvoir, sans un mot, sans un geste,
A travers les reflets de son miroir céleste...

Pour que l'esprit se tourne enfin vers le Dharma,
-29-
Et pour qu'il se détourne alors du samsara,
Il doit être attentif (tasse non retournée),
Qui s'emplit (non fêlée), proprement (non souillée).

Il est bon à présent d'observer notre état
-30-
Et de rendre justice à l'évident constat:
Y a-t-il ici-bas plus merveilleuse aubaine
Que d'avoir cette précieuse existence humaine ?:

J'aurais pu, de colère, aller droit en enfer
-31-
Et bouillir en hurlant dans un chaudron de fer;
Ou bien, vil et haineux, naître aux enfers de glace
Sans pouvoir avant longtemps sortir de la place !

J'aurais pu aussi bien, par mon avidité,
-32-
Renaître en tant qu'esprit famélique assoiffé
Qui souffrirait du feu des plus fortes épices
Bien que ne pouvant manger que des immondices !

J'aurais pu tout à fait, par mon sombre mental,
-33-
Prendre naissance encore au royaume animal
Où la loi de la jungle est bien sûr souveraine,
Où la peur a partout établi son domaine !

J'aurais pu, par orgueil, renaître chez les dieux,
-34-
Et jouir là insouciant jusqu'au jour des adieux
Où, isolé, terni, et en toute impuissance,
On voit avec effroi la prochaine naissance !

J'aurais pu aussi bien renaître dieu jaloux,
-35-
Obsédé par la guerre et toujours en courroux
Car cédant la victoire à la partie rivale
Qui ferait de mes chutes sa joie triomphale !

J'aurais pu renaître pendant un noir kalpa
-36-
Où ne serait apparu aucun vrai Bouddha !,
Avec des vues faussées !, ou en terre barbare !,
Naître stupide ou bien avec quelqu'autre tare !

 


Arya Chandrakirti


Dans l'espace infini, tout est impermanent
-37-
Et le parfait esprit, semblable au firmament,
Peut toujours se mouvoir, sans un mot, sans un geste,
A travers les reflets de son miroir céleste...

Selon le Suhrllekha* d'Arya Nagarjuna,
-38-
Et selon, entre autres, le Seigneur Tsongkhapa,**
Avoir pu échapper à ces huit destinées
Sont les huit libertés, par dix dons complétées:

Cinq premiers attributs sont alors intérieurs,
-39-
Cinq opportunités sont les dons extérieurs:
L'homme; en pays dharmique; aux facultés entières;
Au karma favorable; inclinant aux prières;

S'il est né après l'apparition d'un Bouddha;
-40-
Ayant enseigné le vaste et profond Dharma;
Quand celui-ci préservé; est mis en pratique;
L'homme est dit bien né s'il trouve un maître authentique.

Et cette unique chance, on peut croire parfois
-41-
Qu'elle est pour nous un dû et qu'on l'a chaque fois,
Or, malgré les efforts que notre espoir anime,
Son avènement reste chose rarissime:

Une tortue aveugle au fond des océans,
-42-
Qui ne prendrait l'air qu'une fois tous les cent ans,
Mettrait sa tête dans un joug à la dérive
Plus souvent que pour nous renaître humain n'arrive !

Pour prendre l'autre exemple du mur vertical
-43-
Contre lequel on lance un petit pois banal,
Quel taux de chance a-t-il d'adhérer à la pierre ?
Naître ailleurs vaut pour nous chaque chute par terre !

Naître ici moins fréquent qu'une étoile en plein jour ?
-44-
On peut, pour s'en convaincre, observer alentour,
Recenser d'un coup d'oeil l'existence animale
Pour voir que l'être humain, loin s'en faut, ne l'égale.

Ayant donc pour un jour foulé l'Ile au Trésor,
-45-
Sa Cité de Joyaux et ses rues pavées d'or,
Allons-nous tout gâcher et être assez stupides
Pour finir bredouilles en partant les mains vides ?




* Cf. La Lettre à un ami de Nagarjuna, commentée par Guéshé Ngawang Khyènrab (éd.. Dharma).
** Cf. Le Grand livre de la progression vers l'éveil (T. 1) de Jé Tsongkhapa (éd. Dharma).

 

Guru Padmasambhava



Dans l'espace infini, tout est impermanent
-46-
Et le parfait esprit, semblable au firmament,
Peut toujours se mouvoir, sans un mot, sans un geste,
A travers les reflets de son miroir céleste...

Oui, dans cet univers, tout* est impermanent;
-47-
On ne saurait hélas y mettre assez l'accent !
Tout ce qui est l'effet d'au moins une vraie cause
Ne peut jamais marquer même la moindre pause.

Si l'on veut s'assurer que changent les kalpas,
-48-
On peut ici se fier aux propos des Bouddhas;
Mais par inférence, la logique devine
Quant à l'impermanence à moitié sibylline.

Enfin, pour ce qui est d'évidence mouvant,
-49-
Il n'est pas un seul jour, il n'est pas un instant
Qui ne soient le théâtre d'un nouvel outrage
Perpétré par le temps qui poursuit son ouvrage...

Et le vent porte au loin l'écho sempiternel
-50-
Des clameurs qu'un mourant, se voulant éternel,
Adresse à la volée de ses regrettés proches
Qui ne pensent déjà qu'à lui faire les poches !

Ce qui est élevé, est un jour rabaissé;
-51-
Ce qui est réuni, est un jour séparé;
Tout ce qui s'amplifie, lentement s'amenuise;
Tout ce qui s'accumule, dispersé, s'épuise...

Suivons l'exemple de Guéshé Bèn du Kongpo
-52-
- Fidèle ami kadampa du Précieux Jowo -**
Qui faisait preuve d'admirable diligence
Et n'avait pour la paresse aucune indulgence.

En effet, bienheureux ceux qui, après l'expir,
-53-
Sont absolument sûrs d'avoir un autre inspir !
Demain peut être une autre journée bien remplie,
Demain peut être la venue d'une autre vie.

Le corps est si chétif qu'à défaut ou excès,
-54-
Même les remèdes sont causes de décès !
Allons, le temps défile à un rythme critique !,
Fi des atermoiements, l'heure est à la pratique !




* Sous-entendu: "Tout ce qui est composé est impermanent", comme l'indique la suite de la strophe.
** Référence aux Contes Tibétains, Surya Das (éd. Courrier du Livre).
 

 

Sakya Pandita




Dans l'espace infini, tout est impermanent
-55-
Et le parfait esprit, semblable au firmament,
Peut toujours se mouvoir, sans un mot, sans un geste,
A travers les reflets de son miroir céleste...

Pourquoi pratiquer dans le but inavoué
-56-
D'accéder plus tard à un état élevé ?,
On ne trouve ici pas plus de joie qui pétille
Que de graine de moutarde au bout d'une aiguille !

L'excellent Chemin de la Grande Perfection
-57-
De Patrül Rimpoché pousse à la réflexion
Quant à la souffrance des tortures immondes
Que contient par nature chacun des six mondes.

Quel que soit le royaume, tout le Cycle entier
-58-
Est un vaste charnier, un immense brasier !
Désir, Forme ou Non-forme, fuyons les trois sphères*
Qui depuis le début sont des noeuds de vipères !

S'il n'est que d'évoquer notre "noble vaisseau",
-59-
L'humaine condition est bien vite un fardeau
Et constitue plutôt un radeau de fortune
Qui se mesure à l'aune de notre infortune.

Pour l'Eveil, il est vrai, pas de meilleurs paliers;
-60-
Cessons cependant de dormir sur nos lauriers:
Naître et tomber malade, vieillir et s'éteindre
Sont là quatre raisons pour ne cesser de geindre.

Des quantités de larmes sont notre magot,
-61-
Nos cris sont quotidiens, l'affliction notre lot !
Loin de ce qu'on aime et près de ce qu'on déteste,
A-t-on ce qu'on voulait ? On se plaint qu'il en reste !

En bref, de ces trois plaies qui font notre malheur,
-62-
La première est angoisse, misère et douleur;
L'autre est un fait de la nature impermanente
Qui retire au plaisir sa jouissance "inhérente";

Et la dernière enfin est d'ordre plus subtil:
-63-
Chacun ne sentant pas la présence d'un cil
De la même façon dans l'oeil ou sur la paume,
Etouffe peu ou prou quel que soit son royaume.




* Qui constituent le "cycle" ou cercle vicieux du samsara.

 

Djétsün Milarépa




Dans l'espace infini, tout est impermanent
-64- Et le parfait esprit, semblable au firmament,
Peut toujours se mouvoir, sans un mot, sans un geste,
A travers les reflets de son miroir céleste...

Pour tenter d'échapper au siècle et son filet,
-65-
Il faut aborder la loi de cause à effet,
Et c'est pourquoi, des Trois Entraînements,* l'Ethique
Est la juste conduite, ordonnée ou laïque.

Dans le Tripitaka, la section Vinaya**
-66-
Aide à traiter avec l'implacable karma
Et incite à avoir l'attitude correcte
Pour apporter secours, serait-ce à un insecte.

La Précieuse guirlande de conseils au roi***
-67-
Du grand Nagarjuna enseigne que, pour soi,
Il est bon d'éviter toute action puérile
Et que, pour autrui, mieux vaut tenter d'être utile.

S'abstenir du mauvais est déjà important,
-68-
Mais son aide apporter est un pas en avant.
Par le corps, la parole et l'esprit, tout se compte,
Alors quoi qu'on fasse, dise ou pense, on se dompte:

Au lieu d'ôter la vie, sachons la préserver;
-69-
Au lieu de dérober, apprenons à donner;
Evitons l'inconduite charnelle adultère,
Et soyons garants d'une dignité entière;

Evitant de mentir, nos propos restent blancs;
-70-
Pas de diffamations, nos rapports restent francs;
Préférons aux mots durs la douceur langagière;
Et aux vains caquets le silence ou la prière;

Transformons la colère et la vile aversion
-71-
En amour bienveillant et grande compassion;
Transformons l'obsession du désir insatiable
En le contentement d'une paix véritable;

Il faut surtout briser cette loi de l'erreur
-72-
Où l'ego se fait roi vautré dans la torpeur !,
Il nie les vérités, figé dans sa croyance,
Mais ne peut tenir tête à l'interdépendance...





* Les Trois Entraînements Supérieurs à l'Ethique, la Concentration et la Sagesse.
** Référence au Canon bouddhique.
*** Cf. Le Ratnavali dans Conseils au roi (éd. Seuil) ou dans Comme la lumière avec la flamme (éd. Du Rocher).

 

Djé Tsongkhapa

(Yab Sé Soum)

 


Joyau Triple, ô Bouddha ô Dharma, ô Sangha !,
-73-
Arya Nagarjuna et Seigneur Asanga !,
O Dalaï Lama, qu'en tout je laisse juge,
Soyez dorénavant pour toujours mon refuge !...

Une fois entamé le développement
-74-
D'un indéfectible et joyeux renoncement,
Les Voies des Auditeurs et Bouddhas-Solitaires
Sont ainsi empruntées par ces préliminaires.

Or il est opportun d'évoquer avec soin
-75-
Le fait qu'on peut aller encore bien plus loin
Car l'élan vers l'Eveil, magnifique attitude,
Peut adopter ici l'infinie magnitude;

Et qui mieux qu'un Guru, oui, qui mieux qu'un Lama
-76-
Peut nous accompagner dans le Mahayana,
Eclairer l'horizon et baliser la piste
Grâce à la Sagesse et l'Esprit d'Eveil altruiste ?

Voir en lui d'abord un simple ami spirituel
-77-
Evite toute hâte et tout risque mutuel
De relation stérile, addictive ou sectaire
Tant que l'on ne sait pas à qui l'on a affaire !

Outre que le Lama doive être un érudit,
-78-
Il faut qu'il ait au moins pacifié son esprit.
On dit même, en accord avec les écritures,
Qu'il vaut mieux l'observer sous toutes les coutures !*

Enfin si le karma joue un rôle en ce lien,
-79-
Il est recommandé de se comporter bien
Avec les Enseignants et le Lama-racine
Qui, par sa grâce innée, notre coeur illumine.

Bouddha Shakyamuni a laissé en cadeaux,
-80-
De son authentique Dharma, les Quatre Sceaux
Auxquels peut toujours se référer le disciple
S'il doute qu'un conseil s'accorde au Joyau Triple:

Tout composé ne saurait être que changeant;
-81-
Et tout conditionné est insatisfaisant;
Tout est vide d'existence-en-soi décelable;
Et seul le nirvana est la paix véritable.



* Cf. Sa Sainteté le Dalaï Lama (enseignement public à Lérab Gar, 2000).

 

Dhyani Bouddhas




Joyau Triple, ô Bouddha, ô Dharma, ô Sangha !,
-82-
Arya Nagarjuna et Seigneur Asanga !,
O Dalaï Lama, qu'en tout je laisse juge,
Soyez dorénavant pour toujours mon refuge !...

De l'élan vers la voie le Lama a la clé
-83-
Et puis la compassion, selon Djé Rimpoché,
Est la porte d'entrée de ce Grand Véhicule
Que la vue du non-soi garde sous sa férule.

Savoir que tous les êtres sont les détenteurs
-84-
Du Sougatagarbha* pur et sans supérieurs
Devrait être avant tout la raison suffisante
Pour leur rendre la vie plus que satisfaisante.

Les Maîtres du Lodjong** offrant donc leur appui,
-85-
"Six Raisons, Un Effet", "l'Echange Avec Autrui"
Constituent deux lignées d'excellentes méthodes
Pour nous qui sommes de l'altruisme aux antipodes;

De Djampa et Thokmé, aux guéshés kadampa;
-86-
De Djamyang et Loudroup, jusqu'après Shiwalha,***
La première lignée est la vaste et féconde,
Et la seconde ainsi est puissante et profonde:

Emportés par les flots de l'immense océan,
-87-
Tous les Etres errants sont nos mères d'antan
Qui nous ont témoigné une bonté sans faille,
Se privant souvent jusqu'à rester sur la paille...

Et ces multiples et variées marques d'amour,
-88-
Serait-on si ingrat qu'on ne puisse en retour
Essayer tout au moins de leur rendre en partie
Avec le voeu qu'enfin le Bonheur leur sourie ?

Les laisserons-nous dans ce mêmes conditions
-89-
Où les ont conduits, pour nous, toutes leurs actions ?,
Il faut donc les porter vers la joie éternelle,
Et c'est à ce dessein qu'un vrai Bouddha excelle;

Ainsi tous les Vainqueurs de l'Inde et du Tibet ¤
-90-
Ont un jour éprouvé l'insurpassable effet
Qu'est cette volonté d'être seul responsable
Du fait que les Migrants aient une paix durable.




*
"L'essence de Ceux allés en la félicité" ou "Nature de Bouddha".
** Mot tibétain pour un corpus portant sur "l'Entraînement de l'esprit" (... à la bonté).
*** En sanskrit: Maitreya et Asanga, Manjushri, Nagarjuna et Shantidéva. Les Maîtres "kadampa" ont unifié les deux lignées au Tibet.
¤ ... entre autres
.

 

Précieux Jowo




Joyau Triple, ô Bouddha, ô Dharma, ô Sangha !,
-91- Arya Nagarjuna et Seigneur Asanga !,
O Dalaï Lama, qu'en tout je laisse juge,
Soyez dorénavant pour toujours mon refuge !...

La Marche vers l'Eveil* du grand Shantidéva
-92-
Qui décrit la noble voie du Bodhisattva,
Expose la Pensée d'Eveil intentionnelle
En méditant l'équanimité naturelle:

Notre flux de conscience est sans commencement
-93-
Et chaque être vivant a été un parent,
C'est pourquoi nous parlons de nos anciennes mères
Qui méritent nos égards tendres et sincères.

Or chaque être sensible ayant droit au bonheur,
-94-
Pourquoi en réclamer pour moi seul la primeur ?,
Car, comparé à l'infinité de leur nombre,
Mon coeur est égoïste, mesquin, triste et sombre !

Mais vouloir le bien de tous est l'Esprit d'Eveil
-95-
Qui nous fait nous ouvrir comme fleurs au soleil
Et voir les qualités qui sont la vraie parure
De notre parfaite et lumineuse nature !

On peut donc déployer, selon Shantidéva,
-96-
Les Quatre Immensurables Brahma-Vihara:
Le Metta Sutta** dit: "D'Amour pur on inonde
Dans les dix directions, le coeur de tout le monde."

On fait de même avec la Grande Compassion
-97-
Qui s'étend sans commune mesure, à foison:
Puissent tous être libérés de la souffrance
Et de ses causes qui naissent de l'ignorance !

Puissent tous de la Joie n'être pas séparés,
-98-
Et loin de ses causes n'être plus égarés
Pas même un seul moment, pas même une minute,
Et cela à partir de l'instant qui débute !

Puissent tous connaître enfin la tranquillité
-99-
Nommée "paix de l'esprit", pure Equanimité !
Voici donc cette bodhichitta relative
Qui prendra tout son sens en devenant active...



*  Editions Padmakara; voir aussi Vivre en héros pour l'Eveil (éd. Seuil).
** Voir Pirit Nula - le Fil de Pirit (éd. Maisonneuve).

 

Dza Patrul Rimpoché



Joyau Triple, ô Bouddha, ô Dharma, ô Sangha !,
-100-
Arya Nagarjuna et Seigneur Asanga !,
O Dalaï Lama, qu'en tout je laisse juge,
Soyez dorénavant pour toujours mon refuge !...

Pour porter le titre de Fils des Victorieux,
-101-
Il nous faut à présent toujours agir au mieux,
Réaffirmant nos voeux, nuit et jour, en vacances,
En pratique assise et puis entre deux scéances.

Si pour Chandrakirti, les Perfections sont dix,
-102-
Shantidéva les résume au nombre de six;
Les cinq visent l'Accumulation de Mérite,
La sixième est la Sagesse proprement dite:

Don, Ethique, Patience envers l'adversité,
-103-
Effort, Concentration et Vue de la vacuité
Sont les Paramita, les Vertus Transcendantes
Ainsi bien nommées parce qu'interdépendantes.

Et quoique rassemblées, chacune, à sa façon,
-104-
Agit comme antidote, en ville ou en session;
Les cinq premières font s'écarter tout obstacle
Pour s'unir à la Vue qui en est le pinacle:

Lourd de mes possessions, je n'ai fait qu'amasser
-105-
Tout ce dont Yama* viendra me débarrasser,
Alors mieux vaut donner et autant que possible
A ceux dont la vie est par défaut trop pénible !

J'ai longtemps subsisté de vins, de jeux, de chairs,
-106-
Et souvent été couronné "roi des impairs";
Pour en finir avec tout ce vice éhonté,
Il me faut la fraîcheur de la moralité !

Si pour quelque problème, on a la solution,
-107- S'inquiêter, c'est souffrir. Si point de solution ?,
S'en inquiêter aussi, c'est souffrir davantage
.**
Voilà cette patience qu'est le vrai courage !

Un serpent sur le ventre, ou les cheveux en feu,
-108-
On s'empresse d'agir... en s'excusant du peu !,
Or un plus vif effort, comme un sceau qu'on appose,
Devrait être appliqué là, comme en toute chose !




* Personnification de la mort.
** Shantidéva
.

 

Atisha




Joyau Triple, ô Bouddha, ô Dharma, ô Sangha !,
-109- Arya Nagarjuna et Seigneur Asanga !,
O Dalaï Lama, qu'en tout je laisse juge,
Soyez dorénavant pour toujours mon refuge !...

Quant aux méditations, c'est le calme mental
-110-
Qui permet de "saisir les rênes du cheval"
Afin que l'analyse soit plus incisive
Pour finir en union toute contemplative.

Mais avant d'aborder cette méditation,
-111-
Si l'on a évité des sens la distraction,
On a de son côté d'emblée toutes les chances
De maîtriser l'esprit jusqu'aux vraies transcendances:

Un papillon de nuit qui ne peut résister
-112-
A l'éclat des bougies, finit par s'y brûler,
Et montre ainsi qu'il faut toujours monter la garde
Sans se laisser tenter par ce que l'on regarde.

Lorsqu'au cours de son chemin, l'imprudent oiseau
-113-
Entend au loin le chant séduisant de l'appeau,
Il ne se méfie pas et se montre en lisière
Pour terminer sa vie dans une gibecière.

Une abeille enivrée de parfum volera
-114-
Jusqu'à la népenthès ou bien au droséra
Qui lui enseignera qu'une fleur carnivore
Peut bien embaumer pour la proie qu'elle dévore.

Quand un appât éveille le goût d'un poisson,
-115-
Il ne faut pas longtemps pour qu'un simple hameçon
Lui perce la bouche et, sans espoir de survie,
Le tire sur la berge où il meurt d'asphyxie.

Et lorsque l'éléphant entre dans un marais
-116-
Pour couvrir de boue fraîche son vieux cuir épais,
Il devient prisonnier de l'implacable vase
Que son énorme poids fatalement écrase.

(Comme de notre esprit, l'image est un effet,
-117-
Narcisse s'est noyé dans son propre reflet),
Donc ce sixième sens* est ici parasite
Et le calme mental fait ainsi qu'on l'évite;



* Habituellement mis à l'honneur (puisque l'inférence logique est une cognition valide en épistémologie bouddhiste), le mental est maîtrisé, voire pacifié, dans ce cas précis.

 

Sita Tara




Joyau Triple, ô Bouddha, ô Dharma, ô Sangha !,
-118-
Arya Nagarjuna et Seigneur Asanga !,
O Dalaï Lama, qu'en tout je laisse juge,
Soyez dorénavant pour toujours mon refuge !...

Dans la posture en Sept Points de Vairotchana,
-119-
On suit le bon conseil du Bouddha à Shrôna,
Qui, joueur de vîna avant que d'être moine,
Vit qu'esprit ou cordes, tension juste est idoine.

Selon les Lamas tels Guéshé Thupten Tenpa,*
-120-
Et selon les Gom Rim** de Kamalashila,
Choisir un objet méritoire est plus utile
Que poser son esprit sur un objet futile;

Or, le corps du Bouddha, lumineux et doré,
-121-
Apaise celui qui s'en est bien inspiré.
Mais il est, sans objet extérieur, fort possible
De reposer l'esprit en sa base indicible...

Puisque très incomplet est le présent Lam Rim,
-122-
On n'y trouvera pas les détails qu'un Gom Rim
Serait plus en mesure de faire connaître,
Et mieux vaut en tout cas les recevoir du Maître.

Or on peut évoquer au moins les cinq défauts
-123-
Qu'on rencontre lors des stades plus ou moins hauts,
Et qui, outre au Lama des suppliques dévotes,
Trouvent leurs remèdes dans les huit antidotes:

Des paresse, oubli et torpeur-agitation,
-124-
Ainsi que des laxisme et excès de tension,
L'une étant un démon qui nous piège en sa gueule,
Mérite quatre antidotes à elle seule;

Il faut être confiant et fort intéressé,
-125-
Plein d'enthousiasme et plein de flexibilité
Pour enfin réussir à noyer la paresse
Dans les flots bienheureux de paisible souplesse.

Contre l'oubli, il faut l'outils du souvenir;
-126-
Flou ou bien agité, l'attention affermir;
Stoppant net le poison, le remède on ranime;
Et stoppant tout excès, on demeure équanime.





* Enseignements de Valence et La Baule.
** Pour le livre intermédiaire, cf. Les Etapes de la méditation, commenté par S.S. Le Dalaï Lama (éd. Trédaniel).

 

Arbre du Refuge

(Tradition guéloukpa)




Joyau Triple, ô Bouddha, ô Dharma, ô Sangha !,
-127-
Arya Nagarjuna et Seigneur Asanga !,
O Dalaï Lama, qu'en tout je laisse juge,
Soyez dorénavant pour toujours mon refuge !...

Méditer est donc garder l'esprit clair et vif
-128-
Pour bien l'habituer à scruter, attentif,
Par exemple, les vérités préliminaires,*
Ou bien de l'Eveil les Trente-Sept Auxiliaires...**

Bien qu'on puisse acquérir d'ordinaires siddhis,***
-129-
Gravissant les degrés des divers samadhis,¤
Mieux vaut plutôt fuir toute existence affligeante
Par les Douze Liens de Production Dépendante !¤¤

Puisqu'ici notre esprit obtient plus d'acuité,
-130-
On parfait la Sagesse de la vacuité
Et, n'étant plus alors de l'erreur la victime,
Notre Esprit d'Eveil relatif devient ultime.

Or, bien que prolifèrent de tous les côtés
-131-
Tant de querelles d'exégètes distingués,
La vue Madhyamika Prasangika est fière
De toujours triompher par sa claire lumière;

Et Dodrupchèn-le-Ter, Jigmé Tempai Nyima,
-132-
Selon l'Insurpassable Dalaï Lama,
Dit que chaque école a son propre point de mire,
Mais reste identique la vue qui les inspire.¤¤¤

Du grand Lokeshvara à Vimalakirti,
-133-
De Nagarjuna jusqu'après Chandrakirti,#
Prajnaparamita, Perfection de Sagesse

Est l'ultime don que le Bouddha nous adresse;

Il n'est rien qui puisse être son propre produit,
-134-
Ni par quelqu'autre cause être jamais produit,
Ni non plus grâce aux deux à la fois apparaître,
Et non plus sans aucune cause jamais naître
.##

Selon Shantidéva:
"Quand ni réalité,
-135- Ni non-réalité n'ont de ténacité, (...)
Alors, libéré des concepts, l'esprit s'apaise
."
Donc, pour Voir, à présent, il vaut mieux qu'on se taise...


* Cf. p. 18 à 22.
** Cf. par exemple, L'Enseignement d'Akshayamati dans La Perfection de Sagesse (éd. Seuil).
*** Pouvoirs ou accomplissements spirituels.
¤ Etablissements méditatifs.
¤¤ Cf. Le Sens de la vie, S.S. Le Dalaï Lama (éd. J'ai Lu).
¤¤¤ Ici il s'agit de la Vue telle qu'exposée dans le Corpus des Tantras et non plus celui des seuls Soutras. Cf. Cent éléphants sur un brin d'herbe (dernier chapitre), S.S. Le Dalaï Lama (éd. Seuil).
# Cf. Le Soutra du coeur (éd. Claire Lumière); Le Soutra de la liberté inconcevable (éd. Fayard);
Le Traité du
milieu
(éd. Seuil); et L'Entrée au milieu (éd. Dharma).
## Nagarjuna.

 

Shri Dévi

(Palden Lhamo)



Faire le bien de tous est cet Esprit d'Eveil
-136-
Qui nous fait nous ouvrir comme fleurs au soleil,
Et voir les qualités qui sont la vraie parure
De notre parfaite et lumineuse nature...

Voici donc le fameux rugissement du lion
-137-
Qui, proclamant le vide au coeur de compassion,
Sait adapter aux disciples de toutes sortes
Le Dharma aux Quatre-Vingt Quatre Mille Portes.*

Pour Guru Rimpoché,** quand tout est arc-en-ciel:
-138-
"Même si ma vue est plus haute que le ciel,
L'attention que je porte aux actions est plus fine
Que ne saurait l'être la meilleure farine !"


En effet, c'est en réalisant Shunyata***
-139-
Que, sans s'attarder en pratishta-nirvana,¤
Et non plus se complaire en l'état samsarique,
Qu'on transcende les deux, en union alchimique...

Considérant la Base, on a différencié
-140-
Distinctement les deux niveaux de vérité:
La face relative exclue tout nihilisme,
Et la face ultime exclue tout éternalisme.

Concernant la Voie, c'est celle des Perfections
-141-
Où s'accomplissent les deux Accumulations:
De Méthode qui de l'affliction purifie,
De Sagesse où l'omniscience est épanouie.¤¤

Ce qui actualise le Fruit de l'Eveil
-142-
Où les deux bienfaits ont un éclat sans pareil
Grâce au Rupakaya qu'est l'altruisme suprême,
Et au Dharmakaya qu'est la paix pour soi-même.¤¤¤

C'est pourquoi l'on traverse Terres et Chemins,#
-143-
Et l'on peut, pour arriver plus vite à ces fins,
User, grâce au Lama, des méthodes tantriques
Où Vue, Méditation et Action sont uniques.

Ah, le cours de la vie serait bien moins amer
-144-
Si l'on voyait la vague identique à la mer !,
Car Base, Voie et Fruit sont d'identique essence,
Et déjà réunis en la pure présence...


* Il est dit que c'est le nombre d'entrées possibles dans le Dharma.
** Padmasambhava. Grâce à sa puissance, le Dharma est parvenu dans toute sa pureté jusqu'au Tibet, au VIII° s.
*** Mot sanskrit pour la vacuité (tib.:"tongpanyi").
¤ Nirvana "statique" d'un arhat au sein du Véhicule Fondamental, par opposition au nirvana "non statique" d'un  Bouddha parfaitement éveillé.
¤¤ Clin d'oeil à la traduction tibétaine de "Bouddha": "sang-gyé", "purifié-épanoui".
¤¤¤ Le Corps de Forme et le Corps de Vérité d'un Eveillé.
# Cf. Sa Lam, les Terres et les Chemins de Guéshé Lobsang Tengyé (éd. Vajra Yogini).

 

Bhagavan Maitreya



Faire le bien de tous est cet Esprit d'Eveil
-145-
Qui nous fait nous ouvrir comme fleurs au soleil,
Et voir les qualités qui sont la vraie parure
De notre parfaite et lumineuse nature...

Mais avant d'autres Préliminaires Spéciaux,
-146-
Et parmi les actes méritoires cruciaux,
Il existe, tel Tonglèn,* des pratiques blanches
Dont fait bien sûr partie la Prière en Sept Branches:

Joyau Triple, ô Bouddha, ô Dharma, ô Sangha,
-147-
O Dalaï Lama, Yidam, Dharmapala !,**
Avec ferveur aussi bien interne qu'externe,***
C'est à Vos pieds de lotus que je me prosterne;

Et sans hésitation, sans élan retenu,
-148-
Je vous fais don des contenant et contenu
Qu'est le Mandala réel et imaginaire,
Sans saisir agent, action, ni destinataire.¤

Devant Vous et devant les Trente-Cinq Vainqueurs,
-149-
Je confesse sans fard les multiples erreurs
Que je regrette au point de vouloir les soumettre
En Vous jurant de ne plus jamais les commettre.¤¤

Je me réjouis par contre de tous les bienfaits
-150-
Accomplis dans les trois temps par tous les Parfaits,
Les Bodhisattvas et tous les Etres sensibles,
Qui sont dignes de toutes louanges possibles.

Puissiez-Vous, ô mes Maîtres, tourner promptement
-151-
La Roue de vrai Dharma, sublime et excellent,
Pour nous tous qui sommes condamnés aux misères
Tant que nous ne profitons pas de Vos lumières !

Je Vous supplie de tout coeur, ô Tathagata,¤¤¤
-152-
De ne surtout pas partir en le nirvana,
Mais de toujours rester parmi nous, Vos disciples,
Qui avons besoins de Vos présences multiples !

Les mérites qu'il m'est possible d'acquérir,
-153-
Au passé, au présent, ou bien à l'avenir,
Je les dédie ainsi à l'Eveil de chaque Etre
Pour que partout s'étende au plus tôt le bien-être !



* Tib.:"Donner (notre bien-être à tous) et Prendre (sur soi leur souffrance et ses causes).
** Les Trois Racines: le Maître, la Déité d'élection et les Protecteurs (et Dakinis).
*** Extérieurement par le corps et la parole; intérieurement par l'état d'esprit. La Prosternation (qui n'est pas un signe de soumission, mais de profonde reconnaissance) constitue le premier préliminaire (tib.:"ngeundro").
¤ L'Univers (Mandala) est traduit en tibétain par "Neu-Tchu": contenant (matière) et contenu (les êtres).
¤¤ Pour les noms des 35 Bouddhas de confession, cf., entre autres, Le Voeu de Bodhisattva, Bokar Rimpoché (éd. . Claire Lumière). Les quatre forces pour la confession sont: la force du support, la force du regret, celle de l'antidote, et celle des voeux.
¤¤¤ Skt.:"Celui ou Ceux Ainsi Allé(s)", autre nom pour "Bouddha" (qui ne prend pas forcément la marque du pluriel).

 

Guru Vajradhara



Faire le bien de tous est cet Esprit d'Eveil
-154-
Qui nous fait nous ouvrir comme fleurs au soleil,
Et voir les qualités qui sont la vraie parure
De notre parfaite et lumineuse nature...

Comme Ashvagosha, dans Gurupanchashika,*
-155-
Rappelle à bon escient le rôle du Lama,
On ne saurait donc en la Voie Esotérique
Mettre assez l'accent sur l'engagement tantrique.**

Or est-ce bien utile ici de souligner
-156-
Que le Lama est seul à pouvoir enseigner
Ce dont nous n'évoquons que les bribes sommaires
En parlant du Tantra et ses Préliminaires ?:

On invoque avant tout le blanc Vajrasattva
-157-
En disant les cent syllabes de son mantra
Qui entourent le Houng*** que son coeur illumine,
Purifiant tout en sa bonté adamantine.

Et du fond de son coeur on offre l'univers,
-158-
Depuis sa base d'or jusqu'aux plus hauts éthers,
A tous les objets de refuge que le Maître
Est susceptible à Lui seul de faire apparaître.

On unit son esprit à celui du Guru
-159-
-L'unique Détenteur du Sceptre et du Drilbu-¤
Pour s'ouvrir, et cela, de manière totale
A la puissante joie de Sa grâce ancestrale.

Dans l'excellent Thog Tha Bar Soum Dou Guéwai Tam,¤¤
-160-
Dza Patrül Rimpoché, évoquant le Yidam,
Dit que pour accéder à l'Au-delà-des peines,
Om Mani Padmé Houng¤¤¤ sont les syllabes reines.

L'Omniscient Longchènpa dit bien, quant au Non-duel:
-161-
"A quoi bon essayer de corriger le ciel ?"
Quoi qu'il puisse advenir n'est ni meilleur ni pire
Et l'on pourrait aussi bien éclater de rire !

Les mérites qu'il m'est possible d'acquérir
-162-
Au passé, au présent ou bien à l'avenir,
Je les dédie ainsi à l'Eveil de chaque Etre
Pour que partout s'étende au plus tôt le bien-être.


* Cf. Les Cinquante stances de dévotion au Gourou dans Le Mahamoudra qui dissipe les ténèbres de l'ignorance, (IIème partie), IXème Karmapa (éd. Marpa).
** Skt.: samaya; tib.: damtsik. "Esotérique": destiné aux pratiquants qualifiés, évitant ainsi de fausses interprétations.
*** Syllabe mantrique qu'on peut écrire aussi Hum, mais que la prononciation laisse résonner en Houng.

¤ Référence au Bouddha dans sa forme primordiale Vajradhara: Détenteur du vajra (sceptre adamantin symbolisant la puissance de la compassion). Drilbou est le nom tibétain pour la cloche (skt.:gantha), représentant . la sagesse de la vacuité.
¤¤ Discours bon au début, au milieu et à la fin, Cf. Le Trésor du coeur des êtres éveillés (éd. Seuil) ou Le Joyau du coeur (éd. Yogi Ling). 
¤¤¤ Mantra d'Avalokiteshvara, Bouddha de Compassion Infinie.

 

Avalokiteshvara

 

 

 

 



Sarva Kushalam !

 

 

 

 

 

Tags :

» Catégorie Non spécifié
Commentaires (0) :: Poster un commentaire :: Lien permanent :: Envoyer à un ami

<- Précedent :: Suivant | | ->

A propos du blogueur

Liens

• Accueil
• Voir mon profile
• Archives
• Email
• Blog RSS

Catégories

Amis

0

Liens

• Association de Guéshé Thupten pour le Tibet
• Autre asso. pour le Tibet
• Forum de Gigi
• Blog de Gigi
• Blog de Yann
• Blog de Deulma
• Blog de Djam
• Blog de Fred
• Forum de Buddhaline

Services

•

Sondage

Créer un blog | Liens : Fonds d'écran gratuits | Nancy Ajram |  Contacter l'auteur